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Condor de Caryl Ferey

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« Extermination d’opposants politiques sans jugements ni procès : le concept avait été mis au point par les militaires français en Algérie avant que Washington ne généralise la méthode en Amérique du Sud. Avec l’aide d’agents de la CIA, Pinochet et ses généraux avaient, sous le nom de Plan Condor, étendu l’opération criminelle et secrète non seulement au Chili mais dans les dictatures voisines – Uruguay, Brésil, Argentine, Paraguay, Bolivie –, puis ils avaient poursuivi la traque dans le monde entier.

Soixante mille morts : une hécatombe intercontinentale, silencieuse. On retrouvait des opposants réfugiés en Europe empoisonnés, suicidés, accidentés de la route ou froidement abattus lors d’attentats jamais revendiqués ou alors par des organisations fantoches ».

 

 

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Résumé éditeur :

Condor, c’est l’histoire d’une enquête menée à tombeau ouvert dans les vastes étendues chiliennes. Une investigation qui commence dans les bas-fonds de Santiago submergés par la pauvreté et la drogue pour s’achever dans le désert minéral de l’Atacama, avec comme arrière-plan l’exploitation illégale de sites protégés…

Condor, c’est une plongée dans l’histoire du Chili. De la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet. Les démons chiliens ne semblent pas près de quitter la scène…

Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par la mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, qui porte comme une croix d’être le fils d’une grande famille à la fortune controversée…

 

 

 

« Allende, Marx, Neruda, Guevara, les fresques et les noms des rues de la población témoignaient d’un passé radical et combatif mais il ne fallait pas s’y tromper : les visages aujourd’hui peints sur les murs de La Victoria étaient ceux des victimes de règlements de comptes entre bandes rivales ».

 

 

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Lire Caryl Ferey ne laisse jamais indemne ! Je reste KO de cette lecture, de cette fin tellement forte, dure, belle et dramatique. Décidément, pour moi Caryl Ferey est un Grand, un excellent écrivain, sans doute l’un des meilleurs écrivains français. Pour moi, le meilleur.

4 ans. C’est long. 4 ans depuis l’excellent « Mapuche ». Cette attente valait vraiment le coup. Le résultat est là : le petit bijou « Condor ».

Condor se déroule au Chili, un pays qui me tient à cœur…. Parce que Allende (énorme espoir) … Parce que le putch de septembre 1973 et son suicide forcé à La Moneda (1973… j’avais 9 ans mais j’ai été marquée à vie par ces évènements) … Parce que Victor Jara supplicié et assassiné au stade de Santiago (magnifique et terrible chanson d’un chanteur belge que j’aime beaucoup, Julos Beaucarne, « Lette à Kissinger » qui me donne des frissons à chaque fois que je l’écoute… découvrez là si vous ne connaissez pas) … Parce que l’horrible Pinochet et son effroyable dictature… et jamais puni !

Le Chili me parle et Caryl Ferey nous en parle tellement bien. Enormément documenté, incisif, avec des faits connus et certains beaucoup moins… mais aussi avec ses tripes, avec de l’humain, des visages, des hommes, des femmes, des enfants – des non-héros, juste des personnes qui vivent là, qui sont, bon gré mal gré, l’histoire de ce Chili.

Caryl Ferey continue après « Mapuche » de nous parler de ces Indiens mapuches qui sont considérés dans leur propre pays, leurs terres ancestrales comme des terroristes, simplement parce qu’ils veulent, et c’est bien normal, y vivre, y exister.

Clin d’œil à son précédent roman, Gabriela, la jeune Mapuche de « Condor » est la petite sœur de Jana de « Mapuche ». Caryl Ferey sait nous parler des peuples autochtones persécutés, avec cœur mais aussi avec réalisme. Il nous raconte aussi les paysages à couper le souffle du Chili.

Que dire de plus ? Je ne vais pas vous dévoiler l’histoire, à vous de la découvrir. On la suit sans pouvoir la lâcher. L’intrigue est bien menée, Caryl sait faire, son écriture est efficace, mais bien plus que ça ! Je voulais aussi noter que contrairement à de nombreux auteurs qui écrivent de bons thrillers mais ne savent pas les finir, bâclent leur fin, Caryl Ferey, lui, écrit de manière magistrale jusqu’au bout. Lisez la fin de « Condor » et vous m’en direz des nouvelles. J’en suis sortie à bout de souffle…. Comme je le disais en début de critique, KO !

Mon avis : un excellent thriller de Caryl Ferey qui nous apprend beaucoup sur notre monde. A lire absolument. Je vous le recommande chaudement.

 

 

 

« Les Mapuches – « les gens de la terre » – avaient refoulé les Incas au-delà du fleuve Bío Bío, imposant alors leur frontière naturelle à celles de l’empire. Plus tard, après avoir érigé des fortins au nord du fleuve, l’armée de Pedro de Valdivia, qui s’était aventurée sur leurs territoires, avait été massacrée jusqu’au dernier, le cœur du conquistador dévoré cru. En cinq cents ans de résistance, les Mapuches avaient survécu aux Espagnols, aux colons chiliens, au bain de sang appelé « Pacification de l’Araucanie » qui avait salué l’invention de la Remington, à l’assimilation forcée, aux propriétaires terriens qui les avaient parqués sur des parcelles infertiles, à la dictature : ils survivraient aux multinationales et à leurs laquais à la tête de l’État qui leur refusaient l’autonomie, même partielle, sur leurs territoires ancestraux ».

 

 

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Lien vers la fiche du livre sur Babélio

http://www.babelio.com/livres/Ferey-Condor/812939

 

 

 

« Les années 1980 n’avaient pas desserré l’étau sur le quartier rebelle : son ami français, le père André Jarlan, avait été tué d’une balle perdue tirée par les carabiniers lors d’une énième manifestation, alors qu’il lisait sa Bible à la table de son bureau. Aujourd’hui, André Jarlan était le nom du parc voisin, le visage du curé français peint sur les murs comme étendard de la non-violence. Patricio suivait son exemple, sûr que ces gens maintenus dans la misère risquaient de perdre foi en Dieu, et en eux-mêmes. Ce genre de considération ne lui avait pas apporté que des amis dans le milieu ecclésiastique (l’Église était pour ainsi dire coupée en deux lors de la dictature) mais une popularité inoxydable parmi les habitants.

À bientôt quatre-vingts ans, le père Patricio jouait encore au football avec les gamins du quartier (goal, une vraie passoire), aidait les élèves en difficulté après l’école, soutenait les familles. Il leur servait aussi de relais auprès des institutions dont beaucoup se sentaient exclus, de conseil et d’arbitre quand les choses tournaient mal ».

 

 

 

« Les militaires ayant piétiné cent fois le droit international, Pinochet avait modifié la Constitution pour graver dans le marbre les rouages du système économique et politique (une Constitution en l’état immodifiable) et s’octroyer une amnistie en se réservant un poste à vie au Sénat, où les lois se faisaient. La mort du vieux Général au début des années 2000 n’y changea rien. Manque de courage civil, complicité passive, on parlait bien de mémoire mais tout participait à tordre les faits, à commencer par les manuels scolaires où le coup d’État contre Allende était dans le meilleur des cas traité en quelques pages, voire pas du tout… »

 

 

 

« — Tu sais ce que c’est, une machi ? demanda-t-elle.

— Des chamanes mapuches, genre vieille folle psalmodiant des incantations à un totem ?

— Un rewe, ça s’appelle, et ce ne sont pas des incantations, comme tu dis, mais un dialogue direct avec la Terre : les volcans.

L’Araucanie se situait sur le redoutable cercle de feu du Pacifique où s’entrechoquent les plaques sud-américaines et océaniques : sept tremblements de terre par an, une catastrophe dévastant le pays tous les trente ans, des temblores si fréquents qu’ils passaient souvent inaperçus. Vivant ici depuis des siècles, les Mapuches avaient naturellement trouvé leurs divinités au cœur des volcans, en particulier Ngünechen, le dieu suprême dont les machi perpétuaient l’écho… »

 

 

 

« Un soleil opaque écrasait l’allée du cimetière quand on déposa la dépouille de Patricio dans son trou. Les yeux humides derrière ses lunettes de vue, une feuille tremblant dans sa main nervurée, sœur María Inés parlait de paix, d’amour, de miséricorde. Stefano n’écoutait pas l’oraison funèbre de la vieille dame : il ruminait, mâchoires scellées dans l’air poisseux du matin. C’était quarante ans de lutte qu’on enfouissait sous terre.

Une haine sourde lui remonta des entrailles, comme un lointain écho de sa jeunesse… du MIR. Leurs illusions. Tous ces combats perdus qui constituaient sa vie. Mais on n’enterrait pas le passé : il lui revenait même en pleine face ».

 

 

 

« Cœur aveugle de l’Atacama, Chuquicamata était la plus grande mine à ciel ouvert du monde : une cuvette de quatre kilomètres de diamètre, dont la roche entaillée jusqu’à huit cents mètres de profondeur serpentait le long des parois, d’où remontaient les camions chargés de cuivre. Une fourmilière à la poussière âcre, dont on ressortait les poumons lestés de particules.

Elizardo Muñez avait travaillé toute sa vie à Chuquicamata. La mine payait mieux que l’agriculture ou l’élevage dans les oasis perdues qu’on leur laissait, et ce n’était pas les terres de son père qui valaient la peine de s’échiner. Sa mère s’était tuée à la tâche – six enfants – et Elizardo ne s’était jamais marié : Chuquicamata était sa riche maîtresse, les putains d’Antofagasta sa tirelire cassée, une vie de dortoirs où les mineurs s’entassaient le plus souvent ivres morts pour oublier la dureté, la solitude ».

 

 

 

Je ne résiste pas à l’envie de vous mettre la vidéo de « Lettre à Kissinger » de Julos Beaucarne.

 

https://youtu.be/U1VxD6boMdg

 

7 commentaires sur “Condor de Caryl Ferey

  1. pachrimaco
    26 mars 2016


    j’ai entendu les cloches .. mais pas vu le condor ! oups !
    joyeuses fêtes ma Véro ! biz de Pascalou

    Aimé par 1 personne

    • Lilou
      26 mars 2016

      lol joyeuses fêtes de Pâques à toi aussi ma Pascalou, plein de gros bisous

      Aimé par 1 personne

  2. babacaro
    26 mars 2016

    Bonjour Véro,
    Je viens te souhaiter un bon weekend pascal .Je suppose que tu pas le partager chez ta maman.
    Tiens je ne savais pas que Julos Beaucarne était connu au delà de nos frontières.
    Belle chanson que tu as mises sur ton blog.Comme quoi les mots écrits, ou chantés feront toujours bon ménages même s’ils ne racontent pas les mêmes choses
    Bisous a++Dominique

    Aimé par 1 personne

    • Lilou
      26 mars 2016

      merci Dominique pour ton message ! bon we pascal à toi aussi… oui je suis à Châlons depuis jeudi soir déjà… ah mais Julos je le connais depuis que je suis gamine et je l’adore ! 🙂 gros bisous à toi j’espère que tu vas bien

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  3. Lord Arsenik
    27 mars 2016

    Je l’ai commencé ce matin… je ne peux plus le lâcher.
    Bizzz

    Aimé par 1 personne

    • Lilou
      27 mars 2016

      normal ! 🙂 ce sera comme ça jusqu’au bout ! bonne lecture, bisous

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  4. Pingback: Bilan : Mon top coups de cœur 2016 | Ma passion les livres

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Cette entrée a été publiée le 25 mars 2016 par dans mes auteurs préférés, mes coups de coeur, Thriller, et est taguée , , , , , , , .

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