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Tropique de la violence de Nathacha Appanah

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« C’est Mayotte ici et toi tu dis c’est la France. Va chier ! La France c’est comme ça ? En France tu vois des enfants traîner du matin au soir comme ça, toi ? En France il y a des kwassas qui arrivent par dizaines comme ça avec des gens qui débarquent sur les plages et certains sont déjà à demi morts ? En France il y a des gens qui vivent toute leur vie dans les bois ? En France les gens mettent des grilles de fer à leurs fenêtres comme ça ? En France les gens chient et jettent leurs ordures dans les ravines comme ça ? »

 

 

gallimard

Résumé éditeur :

« Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré ? Ils viennent pour toi ».

Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

 

 

 

« Pourtant, il n’y a jamais rien qui change et j’ai parfois l’impression de vivre dans une dimension parallèle où ce qui se passe ici ne traverse jamais l’océan et n’atteint jamais personne. Nous sommes seuls. D’en haut et de loin, c’est vrai que ce n’est qu’une poussière ici mais cette poussière existe, elle est quelque chose. Quelque chose avec son envers et son endroit, son soleil et son ombre, sa vérité et son mensonge. Les vies sur cette terre valent autant que les vies sur les autres terres, n’est-ce pas ? »

 

 

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Premier roman de Nathacha Appanah que je lis suite à son passage à La Grande Librairie. J’avais déjà repéré cette auteure grâce à cette émission, mais je n’avais pas encore pris le temps de la découvrir. Et je ne regrette absolument pas.

Ce « Tropique de la violence » porte bien son nom. L’histoire est tragique, dure, violente… sans fioriture. Par cette lecture, j’ai découvert une réalité bien triste et inqualifiable. La réalité et le quotidien d’un département français aux Comores : Mayotte.

Pour être honnête, je ne savais pas vraiment le situer sur la carte du monde, et je savais tout juste que Mayotte était un département français.

Visiblement derrière la vision idyllique d’une île magnifique avec un lagon extraordinaire, se cache une réalité toute autre faite de misère, de violence, d’abandon (abandon des enfants dans ce département français pour qu’ils aient une meilleure vie, espèrent les parents migrants illégaux… et abandon par la Métropole de cette petite île). La situation y est explosive. Un des quartiers de la capitale Mamoudzou est un véritable bidonville, surnommé Gaza. Cela veut tout dire.

L’histoire, ou plutôt les histoires s’y déroulent. Nathacha Appanah nous raconte le destin de plusieurs personnages qui se croisent sur cette île. Roman choral, nous vivons la même situation à travers les yeux de Marie, Moïse et Bruce essentiellement.

Marie est française de métropole. Infirmière, elle vit à Mayotte. Elle ne peut pas avoir d’enfant. Un jour, comme tant d’autres, des bateaux, des kwassas, amènent des migrants clandestins sur le rivage, espérant une vie meilleure en France. Une toute jeune fille, 16/17 ans, abandonne son bébé. Il a un œil marron et surtout un œil vert…. L’œil des djinns qui porte malheur. Marie, touchée et émue, le recueille et l’adopte. Elle le baptise Moïse.

Pour certaines raisons que je n’ai pas envie de vous dévoiler ici, à vous de lire ce roman, Moïse va finir par vivre dans la rue à Gaza qui est sous la coupe d’un chef de gang violent, Bruce. Leurs destins seront à jamais intiment liés. Un humanitaire et un policier donneront également leur vision de Mayotte, de la violence qui y règne. Et ils seront également liés au destin des deux jeunes garçons, Moïse et Bruce.

Toutes ces personnes sont liées pour le pire ou le meilleur. Surtout le pire.

C’est bien écrit, c’est instructif bien que terrible, c’est humain. Cela pose de bonnes questions sur le rôle de la France dans ses départements d’Outre-mer. Et ce roman a le grand mérite de mettre en lumière une réalité trop peu connue, et sans doute ignorée, volontairement ou non. Je me pose énormément de questions après avoir refermé ce livre.

Merci Nathacha Appanah pour ce « témoignage » qui, j’aimerais tant, fera peut-être un peu bouger les choses.

Vous l’aurez compris : à lire !

 

 

 

« Je ne sais pas qui a surnommé ainsi le quartier défavorisé de Kaweni, à la lisière de Mamoudzou, mais il a visé juste. Gaza, c’est un bidonville, c’est un ghetto, un dépotoir, un gouffre, une favela, c’est un immense camp de clandestins à ciel ouvert, c’est une énorme poubelle fumante que l’on voit de loin. Gaza c’est un no man’s land violent où les bandes de gamins shootés au chimique font la loi. Gaza c’est Cap Town, c’est Calcutta, c’est Rio. Gaza c’est Mayotte, Gaza c’est la France ».

 

 

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Lien vers la fiche du livre sur Babélio

http://www.babelio.com/livres/Appanah-Tropique-de-la-violence/849754

 

 

 

« Bientôt, dans un an, deux ans, trois au grand maximum, nous rentrerions les poches gonflées de nos primes, les mains toujours dans le dos et la bouche toujours remplie de grandes théories. Mais, un jour, j’ai vu Mo et il suffit parfois d’un moment de vérité pure pour que tout bascule ».

 

 

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« Quand Stéphane me demandait pourquoi je lisais toujours le même livre, je haussais les épaules parce que je ne voulais pas lui expliquer que ce livre-là était comme un talisman qui me protégeait du monde réel, que les mots de ce livre que je connaissais par cœur étaient comme une prière que je disais et redisais et peut-être que personne ne m’entendait, peut-être que ça ne servait à rien mais qu’importe. Ouvrir ce livre c’était comme ouvrir ma propre vie, cette petite vie de rien du tout sur cette île, et j’y retrouvais Marie, la maison et c’était la seule façon que j’avais trouvée pour ne pas devenir fou, pour ne pas oublier le petit garçon que j’avais été ».

 

 

Une vidéo sur cette auteure et ce livre par Web-tv-culture

http://www.web-tv-culture.com/tropique-de-la-violence-de-nathacha-appanah-1034.html

 

 

« Gaza se consume de l’intérieur depuis hier soir, depuis que Moïse a battu Bruce au mourengué. Toutes les maisons sont closes, il n’y a pas un adulte dehors, il n’y a que des adolescents, les yeux en feu, les mains écartées, la bouche ouverte, la tête lavée par la fumée du chimique. Moïse ne l’a pas seulement battu, il l’a écrasé et, quand il a crié son cri animal qui contenait toute sa colère, toute sa vie cassée, les tambours se sont tus et ce cri a traversé la foule ».

 

 

 

« J’entends la clameur et la fureur qui gonflent dans les venelles de Gaza. Je sens le sol vibrer de tous ces pas qui martèlent le sol des rues de Gaza. Quelque chose approche mais mon fils ne le sait pas encore…. Ses pensées virevoltent comme les éphémères à la fin de l’hiver austral……… »

 

 

 

« Écoute le bruit de mon pays qui gronde, écoute la colère de Gaza, écoute comment elle rampe et rappe jusqu’à nous, tu entends cette musique nigga, tu sens la braise contre ton visage balafré.

Regarde Mo, regarde de ton œil de djinn de malheur.

Ils viennent me venger…

Ils viennent pour toi…… »

3 commentaires sur “Tropique de la violence de Nathacha Appanah

  1. pachrimaco
    3 novembre 2016

    je connaissais le tropique du cancer et celui du capricorne .. je ne veux pas connaitre celui de la violence .. HE HE ! .. Mayotte, le nom fait rêver pourtant hein ! biz ma belle

    Aimé par 1 personne

    • Lilou
      3 novembre 2016

      et oui cela fait rêver…. mais mais ! plein de gros bisous ma Pascalou

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Bilan : Mon top coups de cœur 2016 | Ma passion les livres

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Cette entrée a été publiée le 2 novembre 2016 par dans découverte auteur, mes coups de coeur, roman, et est taguée , , , , , , , .
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