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La malédiction du Norfolk de Karen Maitland

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« Quand le sceau fut brisé et que le prêtre eut ôté les bandages, la plaie à vif et suppurante la déclara coupable. La peine encourue était la mort sur le bûcher, assortie, si elle avouait, d’une strangulation miséricordieuse avant que les flammes ne l’atteignent.

Elle avoua effectivement. Le mensonge n’avait plus guère d’importance ; puisqu’elle ne pouvait plus sauver sa vie, pourquoi mourir dans la souffrance ? Elle ne craignait pas d’aborder l’au-delà avec un mensonge pesant sur son âme immortelle, car ni elle ni son enfant en larmes ne croyaient en ce Dieu plein de miséricorde au nom duquel ces hommes l’assassinaient. Gunilda avait foi dans les anciennes coutumes, les anciennes divinités de la terre et de l’eau, du feu et du sang, et c’est en leur nom à toutes que, dans son dernier souffle, elle maudit Warren et l’enfant à naître que portait sa maîtresse, maudit toute la descendance qu’il pourrait jamais engendrer.

Sa fille, désormais seule au monde, vit le corps de sa mère réduit en cendres et sentit l’odeur de sa chair brûlée. Les yeux secs à présent, embrasée par la haine, elle regarda la poussière blanche soulevée par le vent retomber comme de doux flocons sur sa chevelure noire ».

 

 

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Résumé éditeur :

1208. Le pape Innocent III, en conflit avec le roi Jean, prononce un interdit sur tout le royaume d’Angleterre. Les églises et les cimetières sont fermés, le haut clergé quitte le pays, les prêtres ont défense de célébrer les offices ou de conférer les sacrements – ni confession, ni mariage, ni extrême-onction. S’ensuit un véritable chaos spirituel dans le royaume, en particulier chez les plus démunis, ceux pour qui la foi est le seul recours. C’est dans ce contexte particulièrement difficile qu’une jeune paysanne, Elena, est appelée au service du seigneur de Gastmere, dans le comté de Norfolk. Là, on l’oblige à s’adonner à un étrange rituel, celui des « mangeurs de péchés », consistant, en l’absence d’extrême-onction, à prendre sur sa conscience tous les péchés non expiés d’un mourant. Cette cérémonie va être le début d’une véritable descente aux enfers pour la jeune fille qui se retrouve bientôt accusée de meurtre. Son cauchemar ne fait que commencer…

Après La Compagnie des menteurs et Les Âges sombres, Karen Maitland nous propose un nouveau voyage dans un Moyen Âge d’un réalisme stupéfiant. Dressant le portrait d’un royaume dévasté par le retour des croisades, la querelle avec le Saint-Siège et l’imminence d’une guerre contre la France, elle nous immerge littéralement dans cette Angleterre gothique où rites et superstitions sont omniprésents. Cette authenticité rare ajoute encore à une intrigue passionnante, faite de secrets, de trahisons et de multiples retournements.

 

 

« On vous a sans doute fait accroire que les mandragores hurlent quand on les arrache à la terre. Ce n’est pas entièrement vrai. Il y a bien un cri, long et déchirant, qui peut conduire un homme à se détruire lui-même, simplement pour échapper à la torture que lui inflige ce hurlement. Mais ce n’est pas nous, les mandragores, qui crions ; c’est notre mère, la terre ».

 

 

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Sans doute repéré via des critiques de blogueurs auxquels je suis abonnée, me voilà partie pour le Moyen-Age et ses croyances avec « La malédiction du Norfolk »… Je découvre l’univers de Karen Maitland qui semble être une « spécialiste » du Moyen-Age.

Le début m’a happé, je l’avoue… L’histoire de Gunilda, la magicienne, est assez prenante et forte ! Ensuite, on part directement quelques années plus tard, en 1208, pour suivre Elena, une jeune serve, assez naïve et innocente, amoureuse d’Athan. Récit étonnant et étrange, et attachant pour moi, les chapitres sont entrecoupés de pensées de Mandragores (et hop me voilà replongée dans l’univers d’Harry Potter!) et surtout d’extraits de leur herbier. Instructif et entretenant une ambiance de sorcellerie, de magie à l’ensemble. J’ai bien aimé.

L’intrigue commence avec Maître Raffaele qui vient chercher Elena pour l’emmener rencontrer Lady Anne au château qui veut la prendre comme fille d’atour. Lors de cette entrevue, Elena est invitée à manger et boire sur un coffre comme table… Et cet acte anodin en apparence, met en place le fil rouge, certes invisible, mais bien réel de toute l’histoire à venir…

On se trouve projeté dans un monde brutal mais très imprégné par la religion (exacerbé par le fait de l’interdiction du Pape, envers l’Église d’Angleterre à cause de l’attitude du roi Jean) mais aussi par les croyances anciennes, de la magie, des herbes,… monde marqué par la violence, l’injustice, la pauvreté, des conditions de vie très difficiles du « peuple »…

Quelques longueurs dans cette histoire, mais globalement j’ai beaucoup aimé et je ne peux que vous conseiller cette malédiction du Norfolk… De nombreux personnages sont attachants et agréables à suivre. Ça m’a changé un peu d’ambiance dans mes lectures, et c’est très bien.

 

 

 

« Les mortels sont d’étranges créatures; ils s’accrochent à la vie même quand elle n’est pour eux que souffrance et malheur, et pourtant ils sont prêts à la gaspiller pour un mot, une idée, voire un étendard.

Les loups pissent pour marquer leur territoire; mais s’ils sentent l’odeur d’une autre bande, et ils se retirent en silence.

Pourquoi risquer un combat qui peut vous mutiler ou vous tuer?

Mais les humains, eux, vont se déchaîner et massacrer leurs semblables par milliers dans le seul but d’aller planter leur petit bout d’étoffe au sommet d’une colline ou d’un rempart ».

 

 

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Lien du livre sur Babélio

http://www.babelio.com/livres/Maitland-La-malediction-du-Norfolk/642383

 

 

 

« Penser le mal, lui avait dit un jour le prêtre du village, était aussi condamnable que le commettre ».

 

 

« Elena hésita, non sans raison. Qui serait assez bête pour aller conclure une affaire sans connaître le prix à payer ? Chacun sait qu’il faut veiller à toujours rétribuer les services d’une magicienne, à moins d’être las de la vie.

C’est aussi dangereux que de nager dans le bief d’un moulin ou de tuer le gibier du roi ; plus dangereux s’il se peut, car même une pendaison lente est plus rapide et moins douloureuse que la mort à laquelle vous condamnera une magicienne ».

 

 

« Dans ces conditions, l’enfant mort n’était pas né libre lui non plus et, en tant que tel, appartenait au manoir. Cette fille n’a pas simplement tué son enfant de sang-froid, elle a aussi, ce faisant, détruit un bien inaliénable du domaine, autrement dit mon bien, maîtresse. La mort d’un marmot né dans la fange ne m’importe guère ; en revanche, je ne suis pas insensible à la perte d’un futur travailleur, sans parler des générations de serfs qu’il aurait pu engendrer. En toute justice, je devrais la faire pendre deux fois, une pour meurtre et une autre pour vol. Mais je ferai preuve de clémence, en n’exigeant qu’une seule pendaison. À présent, suffit ! Emmenez la fille et enfermez-la jusqu’au matin ».

 

 

 

« — Aucune fille dans cette maison n’est une catin, ma chère, à moins de l’avoir voulu. Toutes les femmes ici monnaient les talents qu’elles possèdent, ce qui fait d’elles des artistes, des commerçantes qui vendent leur marchandise. Chacune d’elles ne fait ni plus ni moins que ce que font les scribes, les musiciens ou les vendeurs de reliques sacrées. Seule la femme qui laisse un homme la prendre parce qu’elle a peur de lui ou qu’elle redoute d’avoir à se débrouiller seule dans la vie est une esclave et une catin. Plus nombreuses sont les putains qui ont agrémenté les nobles couches matrimoniales d’Europe que toutes celles qui ont jamais travaillé dans les bordels ».

 

 

« Qu’un homme mange le sel d’un autre et, leurs âmes à jamais liées l’une à l’autre, ils se devront protection mutuelle. Qu’un serment prêté sur le sel s’avère faux, et son auteur est certain de mourir. Une prière faite à côté d’un peu de sel sera exaucée ».

 

 

« Osborn déchargeait sa fureur sur les gens de sa suite et ceux-ci se vengeaient des humiliations subies sur les domestiques. Lesquels à leur tour s’en prenaient à leurs inférieurs, et ainsi de suite jusqu’au bas de l’échelle, si bien qu’il ne restait plus au dernier des marmitons qu’à trouver un arbre sur lequel passer sa frustration à coups de pied ».

 

 

« — Cette nuit-là, les prêtres qui accompagnaient l’armée de Richard vinrent bénir les hommes et tenter de les réconforter, leur assurant qu’ils étaient lavés de tous leurs péchés et qu’ils avaient œuvré pour la plus grande gloire de Dieu, car ces hordes païennes étaient de toute façon damnées, condamnées à brûler en enfer. Ils se juchaient sur un tertre ici ou là et déclamaient les paroles de saint Bernard de Clairvaux dans la touffeur de la nuit : “Le chrétien tire gloire de la mort d’un païen, parce que par là le Christ lui-même est glorifié.” »

2 commentaires sur “La malédiction du Norfolk de Karen Maitland

  1. pachrimaco
    31 janvier 2017

    coucou ma Véro .. je te souhaite une douce nuit .. de retour de chez les enfants .. grosse fatigue mais un petit tour sur le net quand même ! bizz

    J'aime

    • Lilou
      1 février 2017

      merci de ta visite ma Pascalou… je vois que c’est pas encore top, …. prends soin de toi gros bisous

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Cette entrée a été publiée le 29 janvier 2017 par dans découverte auteur, roman, et est taguée , , , , , , .

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