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Né d’aucune femme de Franck Bouysse

 

« Je possédais encore un corps avec des bras, des jambes et une tête pour penser, mais en vrai j’étais morte, enfermée, bien décidée à laisser fondre le dedans de ma tête pour qu’on puisse plus rien me prendre ».

 

 

Résumé éditeur :

« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.

— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.

— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.

— De quoi parlez-vous ?

— Les cahiers… Ceux de Rose. »

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

 

336 p.

 

Ce roman est finaliste du Prix du Livre Inter et du Grand Prix des lectrices de Elle. Il vient de remporter le prix du roman inspirant Psychologies magazine. Il est par ailleurs en compétition pour le Prix des Libraires, le Prix Etonnants voyageurs/Ouest France, le Prix Louis Guilloux, le Prix des Lecteurs de la Maison du livre de Rodez et le Prix des lecteurs de la librairie Expressions à Chateauneuf-de-Grasse.

 

 

 

« Il a ramené une gamine, hier.

Elle s’appelle Rose.

Bon Dieu, ça peut pas être le hasard.

Rose.

Elle est belle comme un jour de soleil.

Elle dit qu’elle a seize ans.

Je crois qu’elle ment, même si elle est déjà formée et qu’elle a l’air de savoir s’y prendre dans le travail ».

 

 

Et bien !! Quelle lecture… un vrai coup au cœur et coup de cœur ! Quelle histoire et quelle écriture… J’avais déjà lu « Grossir le ciel » de cet auteur. J’avais bien aimé, mais là, j’ai l’impression qu’il a mis le turbo !! J’ai été prise par le cœur par l’histoire de Rose… c’est tellement fort, triste, dur, poignant et très touchant. Je n’arrive pas à trouver les mots justes pour décrire le sentiment que j’ai ressenti en lisant « Né d’aucune femme ». Touchée en plein cœur. Et je n’ai même pas envie de vous raconter l’intrigue car il vous faut absolument le lire pour la découvrir. C’est pétri d’humanité, de profondeur, d’intelligence de l’âme. Franck Bouysse sait parler de l’humain, réfléchir à notre condition d’être humain, aux relations complexes qui nous lient les uns aux autres, au monde, à la nature, à la spiritualité… Et l’on ne peut que s’attacher à Rose en particulier, mais aussi à quelques autres personnages de son entourage (pas tous…. Certains sont de vrais ordures pour ne pas dire plus !).

« Né d’aucune femme », titre atypique, étrange qui attire et qui porte bien son nom. Oui oui, lisez, vous verrez !

Je ne peux que vous recommander très très chaudement de découvrir ce roman, certes noir, mais cependant petit bijou d’humanité qui vous poursuivra encore longtemps après l’avoir terminé.

 

 

 

« Les mots, j’ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je comprends pas toujours et que j’aime quand même, juste parce qu’ils sonnent bien. La musique qui en sort souvent est capable de m’emmener ailleurs, de me faire voyager en faisant taire ce qu’ils ont dans le ventre, pour faire place à quelque chose de supérieur qui est du rêve. Je les appelle des mots magiciens : utopie, radieux, jovial, maladrerie, miscellanées, mitre, méridien, pyracantha, mausolée, billevesée, iota, ire, parangon, godelureau, mauresque, jurisprudence, confiteor, et tellement d’autres que j’ai retenu sans effort, pourtant sans connaître leur sens. Ils me semblent plus facile à porter que ceux qui disent. Ils sont de la nourriture pour ce qui s’envolera de mon corps quand je serai morte, ma musique à moi. C’est peut-être ce qu’on appelle une âme ».

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Bouysse-Ne-daucune-femme/1097309

 

 

 

« Il y a bien longtemps que je suis convaincue que personne est maître de son destin, et les gens de rien encore moins que les autres ».

 

 

 

« Cette misère qu’il avait cru combler un peu, grâce au contenu d’une bourse que personne n’avait encore déliée, ni même touchée, n’était rien au regard de ce remords qui le jugeait à chaque instant pour avoir commis l’irréparable. Ainsi, elle se déployait inlassablement depuis le jour où il avait reçu l’argent maudit ; une humaine misère celle-là, rien plus qu’humaine ».

 

 

 

« – Devoir un jour emmener ma fille au cimetière, avant que j’y sois rendue, ça, je pourrais jamais le supporter.

– C’était rien qu’un stupide accident, tout va bien maintenant…

– Une mère, c’est fabriqué pour s’inquiéter, y a rien à faire contre ».

 

 

 

« C’est tout le problème des bonnes gens, ils savent pas quoi faire du malheur des autres. S’ils pouvaient en prendre un bout en douce, ils le feraient, mais ça fonctionne pas comme ça, personne peut attraper le malheur de quelqu’un, même pas un bout, juste imaginer le mal à sa propre mesure, c’est tout ».

 

 

 

« Parce qu’être lâche, ce n’est pas forcément reculer, ça peut simplement consister à faire un pas de côté pour plus rien voir de ce qui dérange ».

 

 

 

« Trois filles arrachées au néant, au motif qu’un homme et une femme se doivent de fabriquer un peu plus qu’eux-mêmes pour échapper au temps, sans penser ni même imaginer un seul instant les malheurs à venir et le cadeau empoisonné que peut devenir une vie. Un cadeau pouvant se révéler bien pire que le néant préalable, qui n’est rien d’autre qu’une absence jamais considérée par les hommes, et pas plus par un dieu. Parce que sortir un petit être du néant d’avant pour lui offrir celui d’après est une immense responsabilité et en sortir quatre, une pure folie ».

 

 

 

« La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient ».

 

 

 

« J’ai alors imaginé ce que pouvait être la grande obscurité d’avant ma naissance, une éternité qui avait pris fin au moment où j’étais sortie du ventre de ma mère, et une autre éternité qui allait naître après ma mort, et qui aurait pas de fin celle-là. J’étais coincée entre ces éternités à penser à la folie que c’était de sortir quelqu’un d’une éternité paisible pour le rendre conscient de la prochaine, tout ce temps passé à pas comprendre pourquoi on est au monde tous autant qu’on est, pourquoi on tient tant à la vie, à essayer de toujours repousser le grand mur de la mort, alors qu’il suffirait peut-être de l’escalader ou de passer à travers pour plus se poser de questions. Parce que vivre, c’est précisément être coincé entre deux éternités, la première qu’on n’a jamais eu à choisir, la deuxième qui est l’oeuvre de Dieu, à ce qu’on dit ».

 

 

 

« Les mots, ils me font sentir autrement, même enfermée dans cette chambre. Ils représentent la seule liberté à laquelle j’ai droit, une liberté qu’on peut pas me retirer, puisque personne, à part Génie, sait qu’ils existent ».

 

 

 

« Il lui avait au moins appris cela, que tourner le dos à un regard qu’on n’a pas satisfait est bien pire que de continuer de l’affronter ».

Un commentaire sur “Né d’aucune femme de Franck Bouysse

  1. Pingback: Franck Bouysse – Né d’aucune femme | Sin City

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Cette entrée a été publiée le 2 juin 2019 par dans Livre, mes coups de coeur, Mes lectures, roman, roman noir, et est taguée , , , , , , , , , , , .

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