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Bondrée d’Andrée A. Michaud

 

« Je n’ai rien oublié des forêts de Bondrée, d’un vert à ce point pénétrant qu’il me semble aujourd’hui issu de la seule luminosité du rêve. Et pourtant, rien n’est plus réel que ces forêts où coule encore le sang des renards roux, rien n’est plus vrai que ces eaux douces dans lesquelles je me suis baignée longtemps après la mort de Pierre Landry, dont le passage au cœur des bois continuait de hanter les lieux ».

 

 

Résumé éditeur :

À l’été 67, une jeune fille disparaît dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac aux confins du Québec rebaptisé Bondrée par un trappeur enterré depuis longtemps. Elle est retrouvée morte, sa jambe déchirée par un piège rouillé. L’enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu’une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend que les pièges du trappeur ressurgissent de la terre et qu’un tueur court à travers les bois de Bondrée.

Une écriture raffinée au service d’atmosphères angoissantes et de subtiles explorations psychologiques, dans la plus pure tradition de Twin Peaks de David Lynch.

 

Andrée A. Michaud, romancière québécoise de premier plan, est l’auteure de dix ouvrages, dont Le Ravissement (2001, Prix du Gouverneur général du Canada) et Mirror Lake (2007, Prix Ringuet).

 

Bondrée a reçu le Prix du Gouverneur général du Canada, le Prix Arthur Ellis et le Prix Saint-Pacôme du roman policier.

Et le prix SNCF du polar 2019.

 

330 p.

 

 

 

« A quelques dizaines de pieds du terrain de camping, elle s’était engagée dans Otter Trail, le sentier où elle avait embrassé Mark Meyer au début de l’été avant d’aller raconter à Sissy Morgan, son amie de toujours et pour toujours, à la vie à la mort, à la vie à l’éternité, que Meyer frenchait comme une limace ».

 

 

« Bondrée » est un roman policier à part, différent… tout en atmosphère, en psychologie, ponctué d’instants glaçants et de moments touchants.

C’est l’été. L’été 67. On se situe dans une zone frontalière entre les Etats-Unis et le Canada, (Québec), au bord d’un lac entouré de forêt. Bondrée. Ici des familles viennent été après été passer leurs vacances. Des familles américaines et d’autres canadiennes. Les familles se connaissent, s’apprécient plus ou moins, se retrouvent dans leur chalet, année après année. Les enfants grandissent ensembles, jouent, nagent dans le lac, arpentent les sentiers dans la forêt. Forêt qui a connu un drame des années auparavant… la « légende » Pete Landry, un peu comme celle du Père Fouettard, se chuchote encore le soir et l’on frissonne d’horreur. En cet été 67 qui fleure bon les vacances insouciantes, un nouveau drame frappe la petite communauté de Boundrée. Zaza Mulligan, une jeune fille, a disparu. Son amie de toujours, sa sœur jumelle, Sisi Morgan la cherche en vain. Les hommes, les pères, les frères, font une battue dans cette forêt si profonde et mystérieuse de Bondrée, et la retrouvent enfin. Morte.

Je ne vous raconterai pas la suite… je vous laisse ce plaisir. Sachez que ce livre se lit à la fois avec angoisse, car l’intrigue est bien écrite, bien menée et jusqu’au bout l’auteure nous mène par le bout du nez. Mais il se déguste aussi un peu comme un bonbon acidulé. Il est plein de senteurs de vacances, d’enfance, de passage de l’enfance à l’adolescence, d’amitié, de jeux, de petits bonheurs simples. Car en fait, on suit à la fois les deux enquêteurs, et en particulier Stan Michaud, policier cabossé par son boulot, par les drames qu’il a dû traverser avec ses enquêtes, ses fantômes qu’il trimbale bien malgré lui. Mais aussi certains enfants qui passent leur été à Boundrée. En particulier la petite Andrée Duchamp, une petite puce très dégourdie, pleine d’énergie et qui peu à peu grandit au fil des évènements si particuliers de cet été 67. Cette petite punaise (c’est ainsi que l’appelle tendrement son père) est vraiment très attachante. Elle n’est pas la seule. C’est assez paradoxal. L’ambiance avec ces meurtres est pesante mais en même temps, on se sent bien dans cette petite communauté qui tour à tour, se serre les coudes, se trahit etc. L’humanité, en modèle réduit.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé « Bondrée » d’Andrée Michaud. D’autant que son écriture est mâtinée de quelques phrases en québécois et en anglais. Cela ajoute un certain charme à mes yeux.

A découvrir !

 

 

 

« Rien ne semblait pouvoir assombrir l’indolence bronzée de Boundary, car c’était l’été 67, l’été de Lucy in the Sky with Diamonds et de l’exposition universelle de Montréal, car c’était le Summer of Love, clamait Zaza Mulligan pendant que Sissy Morgan entonnait Lucy in the Sky et que Francky-Frenchie Lamar, munie d’un cerceau orangé, dansait le hula hoop sur le quai des Morgan. Juillet nous offrait sa splendeur et personne ne soupçonnait alors que les diamants de Lucy seraient sous peu broyés par les pièges de Pete Landry ».

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Michaud-Bondree/622858

 

 

 

« La mort de Zaza Mulligan, comme toute autre mort, ne parviendrait pas à étouffer éternellement le rire des survivants. La vie se réorganiserait autour de cette absence et tous, sauf les proches et les flics de son espèce, incapables de repousser les fantômes, oublieraient que dans l’espace occupé par l’absence, se tenait autrefois une jeune fille. Il devait en être ainsi, le jeu n’autorisait pas la participation des disparus ».

 

 

 

« Comme des milliers d’autres jeunes Yankees, il avait gagné à la loterie de Roosevelt un aller simple pour l’Europe, enrôlé avec tous ceux que l’on considérait comme aptes à se battre sans s’interroger sur leur aptitude à mourir ou côtoyer la mort ».

 

 

 

« Je n’avais jamais vu ma mère soûle mais au train où elle calait son verre, on aurait bientôt droit à une première, comme quoi les mères sont humaines ».

 

 

 

« La preuve, c’était que ni lui, ni Ménard, ni Duchamp, ni Cusak n’étaient ressortis entiers de cette nuit où reposait Zaza Mulligan. Ils y avaient tous laissé une part d’eux, un reste de candeur ayant survécu à l’âge adulte, une image, un rêve dans lequel la forêt ne se repliait pas dans une atmosphère d’outre-tombe, dans lequel le monde était encore vivable. Il y avait des lieux maudits et celui-là en était un, qui dissimulait ses pièges depuis des décennies ».

 

 

 

« Les livres ne vous blessaient jamais, c’est pourquoi il les avait choisis. Chaque fois qu’il s’en éloignait trop, ce n’était que pour constater la douleur franche du réel, répandue jusque dans cette véranda, jusque dans les yeux de cette enfant ».

 

 

 

« On se fend en quatre pour rendre service pis on se fait accuser, câlisse, avait-il crié en regardant Larue pour que celui-ci traduise, car il voulait qu’il traduise, tout, jusqu’à son câlisse ».

 

 

 

« Mais il était trop tard et personne ne saurait jamais si Zaza et Sissy étaient pourries à l’os, destinées à devenir des bitches et des vieilles bitches. Alors on leur en voulait presque d’être mortes et de provoquer ces examens de conscience où on prenait la mesure de sa banalité et de sa mesquinerie, de l’aisance avec laquelle on parvenait à juger et à condamner sans d’abord se regarder bien en face dans le miroir ».

 

 

 

« Après le bulletin météo, il avait eu droit à l’un des succès de l’été, une chanson dans laquelle une certaine Lucy s’envolait, entourée de diamants, c’est du moins ce qu’il avait déduit de ces paroles dont il ne saisissait pas le sens, trop vieux, probablement, pour participer à l’enthousiasme sans réserve de la jeunesse. Zaza Mulligan et Sissy Morgan avaient dû fredonner ce succès avant de devenir elles-mêmes des Lucy in the sky, mais il doutait qu’elles soient aujourd’hui couronnées de diamants. Les diamants d’Elisabeth et de Sissy avaient plutôt la consistance de la pierre, la richesse de la terre noire, Zaza in the soil with some stones, Sissy underground with some sand ».

 

 

 

« L’hypocrisie se fondait dans un nuage de murmures gras qui barbouillaient les bouches outragées : « je ne l’ai jamais trusté, ce gars-là », « maudit visages à deux faces », « on aurait donc dû », un paquet de menteries qui leur dilataient les pupilles jusque dans le front et noircissaient leurs yeux de péchés mortels ».

Un commentaire sur “Bondrée d’Andrée A. Michaud

  1. Pingback: #PartageTaVeille | 21/06/2019 – Les miscellanées d'Usva

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