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Civilizations de Laurent Binet

 

« La sagesse d’un païen, s’il est guidé par Dieu, quand bien même à son insu, peut faire davantage pour l’humanité qu’un chrétien assoiffé de sang ».

 

 

Résumé éditeur :

Vers l’an mille : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.

1492 : Colomb ne découvre pas l’Amérique.

1531 : les Incas envahissent l’Europe.

 

À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être ?

Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

 

Civilizations est le roman de cette hypothèse : Atahualpa débarque dans l’Europe de Charles Quint. Pour y trouver quoi ?

L’Inquisition espagnole, la Réforme de Luther, le capitalisme naissant. Le prodige de l’imprimerie, et ses feuilles qui parlent. Des monarchies exténuées par leurs guerres sans fin, sous la menace constante des Turcs. Une mer infestée de pirates. Un continent déchiré par les querelles religieuses et dynastiques.

Mais surtout, des populations brimées, affamées, au bord du soulèvement, juifs de Tolède, maures de Grenade, paysans allemands : des alliés.

De Cuzco à Aix-la-Chapelle, et jusqu’à la bataille de Lépante, voici le récit de la mondialisation renversée, telle qu’au fond, il s’en fallut d’un rien pour qu’elle l’emporte, et devienne réalité.

 

384 p.

 

 

 

« Les Groenlandais firent débarquer le bétail et les Skraelings, intrigués par les chevaux, réapparurent. Ils étaient nus et de petite taille mais bien faits de corps ; leur peau était sombre et leurs cheveux noirs. Freydis s’avança en pensant qu’une femme enceinte saurait les amadouer. Elle proposa à l’un d’eux de monter à cheval et lui fit faire le tour du village en marchant à côté de lui, la bride à la main. Les Skraelings en furent tout joyeux et émerveillés. Ils offrirent de la nourriture à leurs invités et les accueillirent dans leurs maisons. Ils leur proposèrent également des feuilles roulées qu’ils faisaient brûler et qu’ils portaient à la bouche pour en aspirer la fumée.

Alors Freydis et ses compagnons s’installèrent avec eux et le village des Skraelings devint leur village ».

 

 

Avouez que le scénario est alléchant ! Hop on réécrit l’Histoire. Christophe Colomb ne revient jamais en Espagne et ce sont les Incas qui reviennent du Nouveau Monde… et on réécrit tout. Peu à peu les Incas, les Quiténiens, avec à leur tête Atahualpa, Inca de son état, accompagnée de la reine cubaine Higuénamota, qui a connu Christophe Colomb dans son enfance, découvrent et envahissent l’Europe. Tout d’abord le Portugal qui vient de subir un grave tremblement de terre. Ils y découvrent les « tondus » et leur religion du « dieu cloué » et la fameuse Sainte Inquisition et ses atrocités. Peu à peu ils atteignent l’Espagne. Ils comprennent de mieux en mieux les forces politiques et surtout religieuses en place (les juifs persécutés, les musulmans, les anciens chrétiens et les protestants… Luther et ses partisans se battent contre la sainte église catholique et l’Europe en est déchirée). Eux arrivent avec leur religion du culte du soleil et une certaine idée de la tolérance religieuse. Peu à peu, ils font des alliances, par le dialogue ou par la force…. Les échanges avec son ancienne nation, via son frère l’Inca resté sur place, vont assoir le pouvoir d’Atahualpa…

A vous de découvrir la suite de cette Histoire revisitée. On y croise nombre de personnages de notre Histoire mais qui sont vus sous un jour nouveau… C’est plaisant comme idée et agréable de repenser les évènements historiques différemment. Quelques longueurs parfois, un début un peu rébarbatif et avec bien trop de noms imprononçables et impossibles à garder en mémoire mais ne vous inquiétez pas, on n’en a plus besoin après. Et très vite on devient familier avec les proches d’Atahualpa et on s’y attache. Jusqu’au bout, on se demande bien comment les choses vont tourner. Pas le livre du siècle mais intéressant.

 

 

 

« Vendredi 12 octobre

Nous avons atteint une petite île qui, dans la langue des Indiens, s’appelle Guanahani. Alors sont venus des gens nus, et je me suis rendu à terre, avec Martín Alonso Pinzón, capitaine de la Pinta, et Vicente Yañez, son frère, capitaine de la Niña.

Arrivé à terre, je pris possession de ladite île au nom de Vos Altesses.

Aussitôt se rassemblèrent là beaucoup de gens de l’île. Moi, afin qu’ils nous aient en grande amitié et parce que j’ai connu qu’ils étaient gens à se rendre et convertir bien mieux à notre Sainte Foi par amour que par force, j’ai donné à quelques-uns d’entre eux quelques bonnets rouges et quelques perles de verre qu’ils se sont mises au cou, et beaucoup d’autres choses de peu de valeur dont ils eurent grand plaisir ; et ils en devinrent si nôtres que c’était merveille.

Il me parut qu’ils étaient gens très dénués de tout. Ils vont nus, tels que leur mère les a enfantés, et les femmes aussi.

S’il plaît à Notre Seigneur, au moment de mon départ, j’en emmènerai d’ici six à Vos Altesses, pour qu’ils apprennent à parler. Je n’ai vu dans cette île aucune bête d’aucune sorte sauf des perroquets ».

 

 

Lien vers la fiche sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Binet-Civilizations/1147797

 

 

 

« Allons, en route vers un Cinquième Quartier ! » Alors les Quiténiens, rassérénés et enhardis par ces paroles, reprenaient d’une seule voix : « En route vers le Cinquième Quartier ! »

Cependant, les trois vaisseaux ne pouvaient contenir tout le monde, d’autant qu’Atahualpa n’avait pas l’intention de réduire son train. Il fallait charger la vaisselle, les vêtements, le bétail, les vivres. De ce qu’il avait compris des explications d’Anacaona, il jugea bon d’emmener beaucoup d’or. Puis il sélectionna personnellement les candidats au départ en fonction de leur rang et de leur utilité : la noblesse, les soldats, les fonctionnaires de l’Empire (comptables, archivistes, devins), les artisans, les femmes… Cela ne faisait pas deux cents personnes en tout, et même ainsi les bateaux étaient trop chargés. On prit aussi quelques chevaux, des lamas, des cuys à manger ; Atahualpa ne voulut pas se séparer de son puma ni de ses perroquets ».

 

 

 

« L’histoire nous a appris qu’au fond, peu d’événements prennent la peine de s’annoncer, parmi lesquels un certain nombre se plaisent à déjouer les prévisions, et qu’en définitive, la plupart se contentent de survenir ».

 

 

 

« Il arriva que le roi de ce pays vint au palais des tondus. Il était accompagné d’une jeune femme blonde qui était sa reine, et d’une escorte nombreuse, faite de seigneurs et de soldats. Les seigneurs et la reine étaient vêtus avec une élégance que les Quiténiens n’avaient pas encore rencontrée chez les autres habitants, et leurs étoffes étaient taillées dans des tissus qui, sans rivaliser avec ceux des Incas, semblaient des plus délicats, mais le roi, vêtu d’un simple manteau et d’un bonnet plat, noirs, assortis à sa barbe, se contentait d’arborer un collier tressé de maillons épais au bout duquel pendait une croix rouge sertie dans un anneau d’or ».

 

 

 

« Higuénamota apprenait à déchiffrer les feuilles qui parlent auprès de son jeune protégé qui devint aussi son précepteur, et, dit-on, davantage.

Atahualpa découvrait, fasciné, l’histoire enchevêtrée des rois locaux.

Tous restaient perplexes face aux explications des tondus sur les fables contenues dans le coffret qui parle, qu’ils citaient à tout propos, dont ils ne se séparaient presque jamais, et auquel ils vouaient une adoration obsessionnelle. Le système d’organisation sacerdotale auquel ils appartenaient apparaissait également d’une complexité infinie. Néanmoins, les Quiténiens comprenaient deux choses : il y avait un lieu nommé Rome qui suscitait la plus grande déférence, et un prêtre nommé Luther la plus grande excitation ».

 

 

 

« Marguerite de Navarre baissa la voix. Elle avait saisi qu’Atahualpa venait d’au-delà des mers, et non pas de l’Est ou du Sud mais de l’Ouest. Peut-être des Indes, des Moluques, de Cipango, ou peut-être d’ailleurs. Elle savait qu’il était très loin de chez lui, mais qu’à la suite de circonstances particulières, le sort des armes lui ayant été favorable, il tenait à sa merci Charles Quint, empereur des Romains, roi des Espagnes, roi de Naples et de Sicile, duc de Bourgogne ».

 

 

 

« Ils se réunirent avec les généraux et Coya Asarpay pour décider d’un plan d’action. Les Quiténiens comprenaient qu’il se jouait quelque chose de grave ici autour de différents groupes de croyances, les juifs et les conversos, les morisques mahométisants, les luthériens, les vieux et les nouveaux chrétiens. Ils ne saisissaient pas exactement ce qui était en jeu derrière ces histoires de dieu cloué et de cuisine au lard mais ils savaient que les Levantins prenaient tout ça très à cœur, comme la cérémonie des bûchers l’avait prouvé amplement ».

Un commentaire sur “Civilizations de Laurent Binet

  1. Pingback: Une uchronie ambitieuse (Civilizations, Laurent Binet) – Pamolico : critiques, cinéma et littérature

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Cette entrée a été publiée le 29 août 2019 par dans découverte auteur, historique, Livre, Mes lectures, uchronie, et est taguée , , , , , , , , , .

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