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Le bal des folles de Victoria Mas

 

« La maladie déshumanise ; elle fait de ces femmes des marionnettes à la merci de symptômes grotesques, des poupées molles entre les mains de médecins qui les manipulent et les examinent sous tous les plis de leur peau, des bêtes curieuses qui ne suscitent qu’un intérêt clinique ». 

 

 

Résumé éditeur :

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles.  Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Réparti sur deux salles, d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques. Ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.

 

256 p.

 

 

Prix Patrimoines de la Banque Privée BPE

Prix Stanislas

Prix Première Plume

Talents Cultura

 

 

« Geneviève sent Louise nerveuse. L’adolescente marche tête baissée, les bras tendus le long du corps, le souffle rapide. Les filles du service sont toujours anxieuses de rencontrer Charcot en personne – d’autant plus lorsqu’elles sont désignées pour participer à une séance. C’est une responsabilité qui les dépasse, une mise en lumière qui les trouble, un intérêt si peu familier pour ces femmes que la vie n’a jamais mises en avant qu’elles en perdent presque pied – à nouveau ».

 

 

La curiosité m’a mené à ce très beau livre. Curiosité de découvrir l’écriture de la fille de Jeanne Mas qui a bercé mon enfance et mon adolescence. Curiosité de découvrir si ce bal si atypique qui se déroulait à la mi-carême dans les lieux mêmes de l’hôpital de la Salpêtrière était une réalité ou une fiction. Et bien aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est la vérité. A la fin du 19e siècle, le tout Paris se bousculait, se précipitait à ce bal des folles, des aliénées comme ils disaient aussi, tous les ans à la mi-carême. On venait s’amuser et contempler ces femmes malades avec une curiosité morbide, malsaine et moqueuse. C’était tellement excitant, une fois par an, de venir observer ces femmes que la société avait rejeté… parce qu’elles étaient malades, ou parce que leur famille n’en voulait plus – femme adultère, ou rebelle, ou veuve gênante ou putain etc. Femme tout simplement dont on veut se débarrasser à jamais et dans le plus grand secret. Terrifiant que l’histoire de ce lieu à travers les âges. Une réalité.

« Le bal des folles » est un beau livre sur l’histoire dramatique de femmes, à qui on a imposé l’enfermement, le silence, les mauvais traitements, les humiliations, une violence à leur dignité. Livre paradoxal, puisqu’à la fois assez dur et violent dans les faits et en même temps plein de douceur et d’humanité. C’est le portrait touchant de plusieurs femmes, en particulier celui de la jeune Louise, orpheline, internée à 13 ans après avoir été violée par son oncle, d’Eugénie, jeune fille de la petite bourgeoisie que son père enferme car depuis ses 12 ans, elle voit les défunts, en particulier son grand-père et les morts lui parlent mais aussi de Geneviève, infirmière chef depuis vingt ans à la Salpêtrière, admirative du travail que réalise son mentor, le docteur Charcot, dont la vie va être bouleversée par l’arrivée d’Eugénie dans son service. Ce petit livre est un petit bijou, envoûtant, terrifiant, instructif et pétri d’humanité.

A découvrir absolument.

 

 

 

« Les compresseurs ovariens parvenaient à calmer les crises d’hystérie ; l’introduction d’un fer chaud dans le vagin et l’utérus réduisait les symptômes cliniques ; les psychotropes – nitrite d’amyle, éther, chloroforme – calmaient les nerfs des filles ».

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Mas-Le-bal-des-folles/1147633

 

 

 

« – Qu’y a-t-il, Eugénie ?

– Rien.

– Vois-tu quelque chose ?

– Non, rien.

Eugénie revient à elle et caresse la main de sa grand-mère en souriant.

– Je suis fatiguée, c’est tout.

Elle ne va pas lui répondre que oui, elle voit quelque chose – quelqu’un, plutôt. Que cela fait un moment qu’elle ne l’a pas vu d’ailleurs, et que sa présence l’a surprise, même si elle le sentait arriver. Elle le voit depuis qu’elle a douze ans. Il venait de mourir deux semaines avant son anniversaire. Toute la famille était réunie dans le salon ; c’est là qu’il lui était apparu pour la première fois. Eugénie s’était exclamée : « Regardez, grand-père est là, il est assis sur le fauteuil, regardez ! », convaincue que les autres le voyaient aussi – et plus on la contredisait, plus elle insistait, « Grand-père est là, je le jure ! », jusqu’à ce que son père la réprimande si durement, si violemment, qu’elle n’osa jamais plus mentionner sa présence les fois suivantes ».

 

 

 

« Entre ces murs où l’on attend d’être vue par un médecin, le temps est l’ennemi fondamental. Il fait jaillir les pensées refoulées, rameute les souvenirs, soulève les angoisses, appelle les regrets – et ce temps, dont on ignore s’il prendra un jour fin, est plus redouté que les maux mêmes dont on souffre ».

 

 

 

« Thérèse est la seule que l’Ancienne ne peut contredire. Les deux femmes se côtoient entre les murs de l’hôpital depuis vingt ans. Les années ne les ont pas rendues familières pour autant – concept inconcevable pour Geneviève. Mais la proximité à laquelle obligent ces lieux, les épreuves morales auxquelles ils soumettent ont développé entre l’infirmière et l’ancienne putain un respect mutuel, une entente aimable, dont elles ne parlent pas mais qu’elles n’ignorent pas ».

 

 

 

« Les rêves sont dangereux, Louise. Surtout quand ils dépendent de quelqu’un ».

 

 

 

« Eugénie marchait aussi vite qu’elle pouvait. Ses mains gantées ramenaient les pans de son épais manteau le plus proche possible de sa taille. Son corset la gênait horriblement. Aurait-elle su qu’elle allait parcourir une aussi longue distance, elle l’aurait laissé dans l’armoire. Cet accessoire a clairement pour seul but d’immobiliser les femmes dans une posture prétendument désirable – non de leur permettre d’être libres de leurs mouvements ! Comme si les entraves intellectuelles n’étaient pas déjà suffisantes, il fallait les limiter physiquement. À croire que pour imposer de telles barrières, les hommes méprisaient moins les femmes qu’ils ne les redoutaient ».

 

 

 

« Ma petite Eugénie. Ta plus grande qualité sera ton plus grand défaut : tu es libre ».

 

 

 

« Libres ou enfermées, en fin de compte, les femmes n’étaient en sécurité nulle part. Depuis toujours, elles étaient les premières concernées par des décisions qu’on prenait sans leur accord ».

 

 

 

« Existe-t-il pensée plus consolante que de savoir les proches défunts à vos côtés ? La mort perd en gravité et en fatalité. Et l’existence gagne en valeur et en sens. Il n’y a ni un avant ni un après, mais un tout ».

3 commentaires sur “Le bal des folles de Victoria Mas

  1. Pingback: Esprit es-tu là (Le bal des folles, Victoria Mas) – Pamolico : critiques, cinéma et littérature

  2. Pingback: Victoria Mas – Le bal des folles | Sin City

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Cette entrée a été publiée le 22 octobre 2019 par dans découverte auteur, Livre, mes coups de coeur, Mes lectures, roman, et est taguée , , , , , , , , .

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