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Les écervelés de Pierre Faupoint

 

 

« Dès son élection à la présidence de la République française, en 2022, Michèle Rhizome signa ce décret emblématique qui autorisait la constitution, sur le territoire national, de milices gérées par les citoyens eux-mêmes : les Meres. On aurait pu croire qu’avec une femme à la tête d’un gouvernement, la société eût enfin rimé avec progression et modernité. Mais, au contraire, en l’espace d’à peine une année, partout, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, de tels groupes se mirent à pousser comme de la mauvaise herbe. Et ces simulacres de francs-gardes étaient réputés pour leur violence aveugle ».

 

 

Résumé éditeur :

En 2023, Sainte-Clotilde, petite ville imaginaire d’une France devenue paranoïaque. Fantin et Khris, 17 ans, les meilleurs amis du monde, s’interrogent, chacun à leur manière, sur leur devenir. Puis une rencontre, décisive, avec une certaine Mademoiselle Fournet, est le point de départ, pour Fantin, d’une nouvelle existence : il se retrouvera tour à tour, réellement, physiquement, dans le corps d’un enfant néandertalien, puis dans celui d’un loup ! Augmenté, son cerveau devient, aux yeux de Genomis Incorporation, une société de biotechnologies tentaculaire, un trésor qui doit lui appartenir. Cette véritable chasse au cerveau va conduire le lecteur jusqu’en 2038, là où les robots ont le statut de citoyen à part entière. Mais, surtout, là où les pauvres n’ont plus qu’une seule utilité sociale : servir de membres de rechange pour les ultra-riches.

 

203 pages – 27/1/2020

 

 

 

« Dès qu’il montra le bout de son nez dans la cuisine, sa mère, tablier autour de la taille et hachoir à la main, se retourna vers lui. Comme à l’accoutumée, d‘une voix effacée – pour faire contrepoids avec la raucité de celle de son mari – elle convia son fils à s’asseoir à la place qui lui était réservée. La position de chacun répondait à des impératifs absolus : en bout de table, le patriarche profitait tout son soûl du téléviseur, juché en hauteur, dans un recoin de la pièce. La mère, à l’affût de chaque requête des hommes de sa vie, n’avait que le bras à tendre pour empoigner sa marmite basse. Et quant à Fantin, ce repas-là, comme tous les autres, n’était à ses yeux que prétexte à se nourrir. Il savait qu’il n’en ressortirait rien d’exceptionnel, ni même rien d’à peu près intéressant ; mais il avait fini par en faire son deuil ».

 

 

C’est le deuxième livre que je lis de Pierre Faupoint grâce à sa gentillesse et sa confiance renouvelée. Je le remercie vivement. Dans ce deuxième roman, il change complètement de registre et nous plonge ici dans une dystopie assez terrible. L’histoire débute dans une petite ville imaginaire, Areng-sur-Fault, en 2023 donc assez proche de nous dans le futur. On y suit deux adolescents, amis d’enfance dont l’un des deux, Khris, est toxicomane et prêt à tout pour se payer ses doses. Son ami Fantin ferme les yeux sur ses addictions et ses travers car c’est son ami. Khris est le dealer d’un jeune de leur âge, Tibo, dont le père est un grand scientifique qui travaille pour une société, Genomis Incorporation, dont l’un des objectifs premiers est le transhumanisme (Mouvement qui promeut l’utilisation des découvertes scientifiques et techniques pour l’amélioration des performances humaines). Un jour, sur les recommandations du scientifique, Tibo emmène les deux amis rencontrer mademoiselle Fournet, une sorte de médium, d’hypnotiseuse un peu sorcière. Elle commence la séance avec Fantin qui tombe immédiatement inconscient pour la plus grande peur de ses amis. Durant son inconscience Fantin part dans le passé lointain des Néanderthaliens et se retrouve dans le corps d’un jeune enfant dans une grotte qui abrite une petite communauté. Durant ce voyage incroyable, il comprendra de nombreuses choses sur l’humanité et son devenir qui pourrait changer l’avenir du monde. Il se réveille dans la clinique où travaille le père de Tibo et son assistance, Madeline. Ils sont tous deux prêts à tout pour faire avancer leurs recherches sur le cerveau et plus généralement sur le transhumanisme. Fantin avec son cerveau « augmenté » durant cette expérience est le cobaye rêvé, au détriment de sa propre volonté, de sa vie. Ce roman assez noir montre que les hommes assoiffés de pouvoir et obnubilés par leurs projets sont prêts à tout pour y arriver. La vie des gens ne compte pas, seuls leur vision du monde et leurs profits sont importants. L’avenir de notre société dans cette dystopie est dramatique pour la majorité des personnes, sauf pour les puissants qui règnent sur un monde déshumanisé et terriblement violent. Ce roman nous emmène jusque dans les années 2038, où l’IA règne quasiment en maître. Les hommes « augmentés » n’ont plus grand-chose d’humain. C’est effrayant. Cette histoire est à la fois originale et terrifiante. L’humanité montre une nouvelle fois sa monstruosité. J’ai bien aimé suivre Fantin et mademoiselle Fournet qui sont deux personnages assez lumineux dans cet univers noir. La fin laisse la porte ouverte à beaucoup de possibilités. A nous de les écrire ou à Pierre Faupoint dans une suite ? A voir.

 

 

 

« « – Et c’est quoi la profession du père de ton Tibo ?

– Euh… un genre d’scientifique, y paraît ! Tibo m’a dit qu’son père travaille sur des plans de guerdin !

– Et on lui demandera de faire quoi, à cette nana…. De transformer le plomb en or ? se moqua Fantin dans un grand éclat de rire.

– Chais pas, moi ! On trouv’ra bien un keutru, bordel ! s’énerva presque Khris. Vas-y, quand c’est mon idée, c’est naze, quand c’est la tienne, c’est mortel ! Y a qu’toi qui décides, tout l’temps ! »

Cette fois-ci, Fantin ferma la bouche. Khris n’avait pas vraiment tort. C’est vrai qu’il rejetait toujours en bloc, le plus souvent par paresse, les projets que son ami mûrissait de son côté ».

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Faupoint-Les-cerveles/1213603

 

 

 

 

« Trente-cinq minutes plus tard, quand le crossover freina d’un coup sec devant la Clinique Astrid, Fantin n’avait toujours pas rouvert les yeux. Tibo s’était déjà extirpé de la place du conducteur tandis que Khris, d’une nonchalance inouïe, déverrouillait seulement sa portière. Trois internes, un homme, deux femmes, vinrent immédiatement à leur rencontre avec un brancard monobloc. D’une efficacité redoutable, ils allongèrent Fantin dessus et, pendant qu’ils traversaient le hall de l’établissement, l’une des internes grimpa sur la civière à chevauchons. Elle fut ainsi plus à son aise pour procéder aux étapes principales de son examen physique : les souffles cardio-vasculaires de Fantin étaient bons, ses intestins et ses poumons, a priori, n’en disaient pas le moindre mal. En fait, le garçon donnait l’impression d’être juste accablé de sommeil. C’était très inhabituel ».

 

 

 

« La médecin-chef butait sur le mot qui aurait pu traduire sa pensée. Luc, lui, souriait, visiblement déjà fort satisfait. Il avait su, au moment où son fils avait téléphoné de la voiture, dès potron-minet, qu’il tenait en Fantin le cobaye idéal.

– L’IRM vient de nous confirmer que le cerveau de Fantin a pris cent-cinquante centimètres cubes de volume en plus…. Et que pour accueillir ce rabiot, sa tête a légèrement grossi et s’est allongée sous la forme d’un chignon occipital. C’est proprement hallucinant ! »

 

 

 

« Intérieurement, Madeline se félicita que c’était dimanche soir et que les visiteurs avaient presque tous quitté la Clinique Astrid. Elle se disait aussi que, peut-être, l’addiction de Khris à l’héroïne pourrait être une alliée de poids dans l’atteinte de leurs objectifs, à Luc et à elle. Alors, elle changea sans coup férir de braquet, c’est-à-dire qu’elle considéra Khris comme un être à part entière, avec déférence, omettant le côté répugnant de sa toxicomanie ; le jeune garçon en fut tout remué. Il avait toujours été tellement en manque d’amour que les feulements de la Madeline, même outranciers, suffisaient à le rendre malléable comme de la pâte à modeler. Chef d’orchestre impudique et lascif, la médecin-chef annonça du coup la couleur à Khris sans équivoque ni la moindre fausse note : « Voyez-vous, Khris, même sans avoir utilisé de techniques invasives pour étudier le cerveau de votre meilleur ami, nous savons que celui-ci est exceptionnel ».

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