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American Dirt de Jeanine Cummins

 

« Le taux d’affaires criminelles non résolues au Mexique dépasse les quatre-vingt dix pour cent. L’existence d’une policia en tenue constitue un poids illusoire à l’impunité réelle du cartel. Lydia le sait. Tout le monde le sait ».

 

 

Résumé éditeur :

Libraire à Acapulco au Mexique, Lydia mène une vie calme avec son mari journaliste Sebastián et leur famille, malgré les tensions causées dans la ville par les puissants cartels de la drogue. Jusqu’au jour où Sebastián, s’apprêtant à révéler dans la presse l’identité du chef du principal cartel, apprend à Lydia que celui-ci n’est autre que Javier, un client érudit avec qui elle s’est liée dans sa librairie. La parution de son article, quelques jours plus tard, bouleverse leur destin à tous.

Contrainte de prendre la fuite avec Luca, son fils de huit ans, Lydia se sait suivie par les hommes de Javier. Tous deux vont alors rejoindre le flot de migrants en provenance du sud du continent, en route vers les États-Unis, devront voyager clandestinement à bord de la redoutable Bestia, le train qui fonce vers le Nord, seront dépouillés par des policiers corrompus, et menacés par les tueurs du cartel…

Porté par une écriture électrique, American Dirt raconte le quotidien de ces femmes et de ces hommes qui ont pour seul bagage une farouche volonté d’avancer vers la frontière. Un récit marqué par l’instinct de survie de Lydia, le courage de Luca, ainsi que par leur amitié avec Rebeca et Soledad, deux sœurs honduriennes, fragiles lucioles dans les longues nuits de marche…

Hymne poignant aux rêves de milliers de migrants qui risquent chaque jour leur vie, American Dirt est aussi le roman de l’amour d’une mère et de son fils, qui au cœur des situations tragiques ne perdent jamais espoir. Un livre nécessaire à notre époque troublée.

 

544 pages – 20/8/2020

 

En lice pour

  • le prix Médicis étranger
  • le prix Femina étranger
  • le Grand Prix de littérature américaine

 

 

 

« Finalement, Mami se lève.

– Reste ici, ordonne-t-elle dans un murmure. Ne bouge pas jusqu’à ce que je revienne te chercher. Ne fais pas un bruit, tu comprends ?

Luca se jette sur elle, la retient par la main.

– Mami, ne pars pas.

– Mijo, je vais revenir bientôt, d’accord ? Tu restes ici. – Mami lui desserre les doigts. – Ne bouge pas, répète-t-elle. Sois un bon garçon.

Luca ne trouve pas difficile d’obéir aux consignes de sa mère, non seulement parce qu’il est un garçon obéissant, mais parce qu’il ne veut pas voir. Toute sa famille, ici, dans la cour d’Abuela. Aujourd’hui, samedi 7 avril, c’est la fête pour la quinceañera, le quinzième anniversaire, de sa cousine Yénifer. Elle porte une longue robe blanche. Son père et sa mère sont là, tío Alex et tía Yemi, et aussi son petit frère Adrián qui, parce qu’il vient d’avoir neuf ans, prétend qu’il a un an de plus que Luca alors qu’ils n’ont en fait que quatre mois de différence ».

 

 

« American dirt » est un livre qu’une de mes cousines m’avait fortement conseillé. J’avais lu bien sûr le résumé de l’histoire et cela m’avait semblé intéressant effectivement. J’ai donc débuté ma lecture, confiante et j’ai été « fauchée » par une violence à laquelle je ne m’attendais pas. Je ne suis pas naïve, je savais qu’une histoire de migrants ne serait pas un roman à l’eau de rose mais l’histoire démarre par l’anéantissement d’une famille de seize personnes… Et je vous assure que ça prend aux tripes. J’ai failli abandonner ma lecture. Rare chez moi, ce genre de réaction. Ce que je n’ai pas fait et bien m’en a pris car c’est un roman instructif, humainement fort et finalement passionnant. Evidemment on s’attache à Lydia et son fils Luca ainsi qu’aux personnes qu’ils rencontrent sur leur chemin, et on aimerait bien savoir s’ils vont enfin arriver à el-norte après toutes ces souffrances. Et je trouve que ce livre nous remet bien en tête si des fois on l’avait un peu oublié, que les migrants sont des êtres humains tout comme nous et qu’ils sont sur les routes, non pas pour leur plaisir et l’envie de nous envahir, nous ennuyer mais plus surement pour une question de survie. L’histoire démarre donc le jour de la fête du quinzième anniversaire de la nièce de Lydia. Toute la famille est réunie chez l’abuela, la grand-mère de Luca, le fils de huit ans de Lydia et de Sebastián, son mari. Il est un journaliste indépendant qui enquête notamment sur les narcos qui ont de plus en plus de pouvoir au Mexique et aussi à Acapulco où ils résident, ville touristique un temps épargnée mais dorénavant sous la coupe sanglante des Jardineros, un cartel de narcos. La violence est quotidienne. Jusqu’à présent, Lydia et sa famille avaient été épargnés malgré le dangereux métier de Sebastián. Lydia tient une librairie où elle a fait connaissance avec un client érudit et une amitié s’est nouée entre eux. Ce que ne sait pas Lydia, c’est que cet « ami » est en fait le chef des Jardineros. Et quand Sebastián publie un article qui révèle l’identité de La Lechuza, le chef du cartel Los Jardinero, cela déclenche quelques jours plus tard le massacre de sa famille, seize personnes. Seuls Lydia et Luca survivent et sont obligés de s’enfuir le plus loin possible car ils sont toujours en danger de mort. Comme tous les migrants, ils partent vers el-norte. Commence alors une aventure incroyable sur les routes, avec le danger constant des narcos, de la police de la migration et de tous les bandits de grand chemin. Lydia et Luca apprennent à survivre, à monter sur les toits des trains de marchandise, la bestia, pour aller de plus en plus loin. Ils rencontrent deux sœurs honduriennes qui fuient les horreurs de leur pays et une grande amitié se lient entre eux quatre. Le récit alterne entre des moments avant le massacre et surtout leur fuite vers les Etats-Unis. Je ne peux vous parler de toutes les personnes rencontrées sur leur chemin, des bienveillantes mais aussi beaucoup de cruelles. Le chemin est vraiment très dur mais leur volonté est grande. De toute façon, ils n’ont pas le choix. J’ai été vraiment très touchée par cette histoire incroyable et difficile. Je vous conseille de lire à la fin ce que l’auteure nous dit de son histoire personnelle qui l’a amenée à écrire ce roman. Une grand-mère portoricaine, elle a épousé un migrant sans la fameuse carte verte indispensable aux Etats-Unis… Lisez, vous verrez. Un livre dur mais paradoxalement avec beaucoup d’humanité, qui éclaire sur la situation au Mexique et sur le quotidien des migrants. Merci pour le conseil.

 

 

 

« Quand l’inspecteur en chef commence à lui poser des questions, Lydia hésite un instant, se demande si elle ne devrait pas envoyer Luca ailleurs. Il est trop jeune pour entendre tout ce qu’elle doit dire. Elle devrait l’envoyer auprès de quelqu’un d’autre pendant dix minutes, afin qu’elle réponde franchement à ces horribles questions. Elle devrait l’envoyer auprès de son père, de sa grand-mère, de sa tante Yemi. Mais ils sont tous morts, dans la cour, tombés les uns à côté des autres comme des dominos. De toute façon, c’est insensé. La police n’est pas là pour aider. Lydia éclate en sanglots. Luca se lève et entoure d’une main froide la nuque de sa mère.

– Donnez-lui une minute, dit-il, comme un adulte ».

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Cummins-American-Dirt/1197156

 

 

 

« Leur tournant le dos, elle tire sur le papier et le décolle de l’essuie-glace. Un mot au stylo-feutre vert : Bouh ! Elle inspire, l’impression qu’une lame lui tranche le corps. Elle jette un œil à Luca, froisse le papier dans sa main et le fourre dans sa poche.

Ils doivent disparaître. Ils doivent partir d’Acapulco, partir si loin que Javier Crespo Fuentes ne les retrouvera jamais. Ils ne peuvent pas prendre la voiture ».

 

 

 

« – Tu crois que les choses pourraient réellement s’améliorer ?

Cette question, Lydia la posait à Sebastián en raison de la connaissance approfondie qu’il avait des cartels, ce qui à la fois l’impressionnait et la déconcertait. Il savait plein de choses. La plupart des gens, à l’instar de Lydia, ne voulaient pas savoir. Ils s’efforçaient de s’abstraire de la violence hideuse des narcos parce qu’ils n’avaient aucun moyen de la contrôler. Sebastián, lui, la pistait avec hargne. Une presse libre constituait la dernière ligne de défense, disait-il, la seule chose qui se dressait entre la population mexicaine et son annihilation totale. C’était sa vocation, affirmait-il, et naguère Lydia avait admiré cet idéalisme. Elle imaginait que tout enfant engendré par Sebastián sortirait de son ventre doté d’une moralité entièrement constituée et irréprochable. Qu’elle n’aurait même pas à lui enseigner la différence entre le bien et le mal. Mais, à présent, les cartels assassinaient un journaliste mexicain presque chaque semaine, et Lydia jugeait plus sévèrement l’intégrité de son mari. Elle lui trouvait un côté moralisateur, égoïste. Sebastián vivant lui importait plus que ses solides principes. Elle souhaitait qu’il change de profession, qu’il fasse autre chose, de plus simple et de moins dangereux. Tout en essayant de le soutenir, elle enrageait parfois de le voir affronter un tel danger ».

 

 

 

« Elle prie pour qu’il n’y ait pas de barrage entre ici et Mexico, mais elle sait que c’est impossible. Avant même la chute d’Acapulco, les barrages routiers dans le Guerrero, comme dans la majeure partie du pays, étaient devenus une menace. Montés par des gangs, des narcotraficantes ou des policiers (qui peuvent aussi être des narcos) ou des soldats (également peut être des narcos), ou, récemment, par des autodefensas, qui sont des milices organisées par les habitants de certaines villes pour se protéger des cartels. Lesquelles autodefensas peuvent être aussi, bien entendu, des narcos ».

 

 

 

« Même si elle savait dans combien de temps arrivera le prochain train, Lydia s’imagine mal monter à bord de la Bestia maintenant qu’elle a vu ce qu’il faut faire. Elle réfléchit tout en marchant – douze kilomètres jusqu’à Huehuetoca. Pousser d’abord Luca sur l’échelle ? Bien sûr : comment pourrait-elle sauter et le laisser sur le sol à côté du train sans elle ? Réussirait-elle à courir et à grimper avec Luca arrimé à son cou, ses jambes fermement nouées autour de sa taille ? Ça semble physiquement impossible. Chaque fois qu’elle essaie de se représenter la scène, le fantasme se termine de la même façon. Une boucherie ».

 

 

 

« Et ensuite, quand elle ouvre la bouche et crie dans l’oreille de son fils : « Vas-y, Luca ! Saute ! », elle reconnaît à peine sa propre voix.

Luca saute. Et chaque molécule dans le corps de Lydia saute avec lui. Cette chose, cette si petite chose ramassée, ses muscles et ses os, sa peau et ses cheveux, ses pensées, ses mots et ses idées, l’immensité de son âme même, c’est tout cela qu’elle voit au moment où son corps échappe à la sécurité du pont et s’envole, juste quelques secondes, d’abord vers le haut, si grand est l’effort, jusqu’à ce que la pesanteur s’en saisisse et le projette vers le toit de la Bestia. Lydia le suit des yeux, des yeux si agrandis par la peur qu’ils lui sont presque sortis de la tête. Ensuite il atterrit à quatre pattes comme un chat, la vélocité de son saut affronte la vélocité du train, et il roule sur lui-même, une jambe s’échappe vers le rebord du toit, l’entraînant avec elle, et Lydia essaie de hurler son nom, mais sa voix s’est cassée et s’éteint et puis l’un des migrants l’attrape. Une grande main rugueuse sur le bras de Luca, l’autre qui l’empoigne par le fond du pantalon. Et Luca, en sécurité dans les bras robustes de cet étranger au sommet du train, lève la tête et cherche sa mère. Capte les yeux de sa mère. Hurle :

– Je l’ai fait, Mami ! Mami ! Saute !

Désertée de toute pensée, si ce n’est que Luca est là, Lydia saute ».

 

 

 

« Un an avant le meurtre de Sebastián, le Mexique était devenu le pays le plus mortel pour les journalistes, autant qu’une zone de guerre. Autant que la Syrie ou l’Irak. On assassinait des journalistes partout dans le pays dans des villes telles que Tijuana, Ciudad Juárez, ou Chihuahua. Pourtant, étant donné que les Jardineros ne visaient pas spécifiquement les reporters à la façon de la plupart des cartels, Sebastián n’avait pas reçu de menace de mort officielle depuis près de deux ans. Il ne serait pas tout à fait exact de dire que Lydia et lui éprouvaient une impression trompeuse de sécurité : personne à Acapulco ne se sentait en sécurité. La presse libre était une espèce sérieusement en voie de disparition au Mexique ».

 

 

 

« En écoutant Rebeca lui révéler ces quelques bribes d’histoires qu’elle connaît, Luca commence à comprendre que, si tous les migrants partagent une chose, c’est la solidarité qui existe entre eux, bien qu’ils viennent de pays différents, que leurs situations sociales soient différentes, qu’ils soient urbains ou ruraux, pauvres ou bourgeois, cultivés ou illettrés. Hondurien, Salvadorien, Guatémaltèque, Mexicain, Indien, chacun apporte ses histoires de souffrance sur le toit du train et jusqu’à el norte ».

 

 

 

« À leur arrivée, ils sont épuisés. La ville procure de bons services aux migrants. Cette assistance, l’héroïsme modeste de Danilo, les bonbons Hershey… Luca a du mal à accepter l’authentique bonté de tous ces inconnus. Il semble impossible que des gens bons – tant de gens bons – existent dans le même monde que les hommes qui tuent des familles entières durant des fêtes d’anniversaire, puis mangent leur poulet auprès des cadavres. Le cerveau de Luca est envahi d’un rugissement épuisant, de confusion lorsqu’il tente de mettre ces faits sur le même plan ».

Un commentaire sur “American Dirt de Jeanine Cummins

  1. Pingback: American Dirt, Jeanine Cummins – Pamolico, critiques romans, cinéma, séries

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Cette entrée a été publiée le 14 octobre 2020 par dans découverte auteur, Livre, Mes lectures, roman, et est taguée , , , , , , , , , , , .
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