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Les chiens de Pasvik d’Olivier Truc

 

 

« Dimanche 9 février.

Lever du soleil : 7 h 59. Coucher du soleil : 14 h 30.

6 h 31 d’ensoleillement.

Vaggatem, vallée de Pasvik (Norvège). 11 heures.

Les hurlements cessèrent. Pour reprendre, plus lancinants encore. Déchirés, hachés. Éteints enfin. Klemet frissonna, essayant de ne rien montrer. Que ce connard de Jaakoppi Kujala ne l’aperçoive pas. Pour la troisième fois depuis qu’il avait arrêté son scooter des neiges, Klemet pouvait les entendre. Ils n’étaient pas loin, hors de portée tout de même. Il ne connaissait que trop bien ce grondement languissant qui se répercutait dans ses oreilles. Cela faisait partie des rares échos, avec les récits de son oncle Nils-Ante, qui pouvaient lui serrer les tripes. Un tel hurlement valait dix histoires fantastiques. Un hurlement qui racontait tout le cheminement du monde, franchissait les montagnes et les steppes, rapportait les souffrances et les espoirs, la lutte sans fin, la fatalité du vivant, les âmes sous les montagnes.

Quand de telles pensées lui traversaient l’esprit, Klemet se disait qu’il exagérait. Mais au hurlement suivant, ses tripes ne mentaient pas ».

 

 

Résumé éditeur :

Ruoššabáhkat, « chaleur russe », c’est comme ça qu’on appelait ce vent-là. Ruoššabáhkat, c’est un peu l’histoire de la vie de Piera, éleveur de rennes sami dans la vallée de Pasvik, sur les rives de l’océan Arctique. Mystérieuse langue de terre qui s’écoule le long de la rivière frontière, entre Norvège et Russie. Deux mondes s’y sont affrontés dans la guerre, maintenant ils s’observent, s’épient.

La frontière ? Une invention d’humains.

Des rennes norvégiens passent côté russe. C’est l’incident diplomatique. Police des rennes, gardes-frontières du FSB, le grand jeu. Qui dérape. Alors surgissent les chiens de Pasvik.

Mafieux russes, petits trafiquants, douaniers suspects, éleveurs sami nostalgiques, politiciens sans scrupules, adolescentes insupportables et chiens perdus se croisent dans cette quatrième enquête de la police des rennes.

Elle marque les retrouvailles – mouvementées – de Klemet et Nina aux confins de la Laponie, là où l’odeur des pâturages perdus donne le vertige.

Olivier Truc nous raconte le pays sami avec un talent irrésistible. Il sait nous séduire avec ses personnages complexes et sympathiques. Et, comme dans Le Dernier Lapon et La Montagne rouge, il nous emmène à travers des paysages somptueusement glacés.

 

432 pages – 11/3/2021

 

 

 

« Deux éleveurs déchargeaient des sacs de pellets de leurs remorques. Ils répartirent des granulés au pied des bouleaux à moitié enfouis sous la neige. Nourriture de subsistance. Mauvais signe.

L’un des éleveurs – Klemet avait reconnu Piera Kyrö – fouillait lui-même la neige. Il creusait, comme un renne têtu l’aurait fait.

Son chien, à côté, ne le quittait pas des yeux. Il devait s’agir de Biegga. Klemet les avait déjà vus ensemble. Imbattables d’efficacité. D’harmonie. Le chien venait toujours s’enrouler aux pieds de Kyrö quand ils se reposaient. Jamais un mot entre eux. Ils respiraient d’un même instinct, pensaient à l’identique ».

 

 

J’avais hâte et c’est peu dire de me replonger dans l’écriture d’Olivier Truc et de retrouver la police des rennes. J’ai énormément aimé ses trois premiers romans sur cette police des rennes avec Klemet et Nina, deux personnages complexes et attachants : « Le dernier lapon » – « Le détroit du loup » et « La montagne rouge ». Il faut bien évidemment les avoir lus avant d’entamer cette quatrième aventure, « Les chiens de Pasvik ». Nina a démissionné de la police des rennes et travaille maintenant au Commissariat de la frontière à Kirkenes qui se trouve en Norvège à deux pas de la frontière russe où elle vient d’arriver. Klemet travaille toujours dans la police des rennes mais a quitté son ancien poste à Kautokeino où il faisait équipe avec Nina et a rejoint Kirkenes, sans savoir que Nina allait y venir. Tous les deux se sont quittés un peu brouillés, sans avoir réussi à dissiper un malaise entre eux deux (lire pour cela « La montagne rouge »). La surprise va être totale pour Klemet et Nina quand ils vont se retrouver sur une enquête de rennes norvégiens qui ont passé la frontière russe pour se nourrir. Klemet fait équipe maintenant avec Jaakoppi Kujala, un Finlandais qui n’aime pas du tout ce pays nordique, ce froid, ces histoires de rennes. Ils ne s’entendent pas. Klemet est à moitié Sami, cela lui pose d’ailleurs de gros problèmes d’identité, et il aime profondément ces grands espaces, les rennes et son métier. Les relations entre les Norvégiens et les Russes sont fortement réglementées sur cette zone frontière pour éviter tout problème diplomatique qui pourrait avoir de graves conséquences. Ce territoire aux confins de la Norvège, de la Finlande et de la Russie a eu une histoire très compliquée au fil des conflits et les frontières ont beaucoup bougé. Le berger norvégien Piera Kyrö dont une partie des rennes est passée de l’autre côté de la frontière, rêve depuis toujours des anciennes terres de ses grands-parents qui se trouvent maintenant en Russie. Si bien que lorsqu’un Russe qui se dit sami lui propose de réhabiliter son grand-père et ainsi faciliter la possibilité d’enfin faire paître ses rennes sur ses terres ancestrales, la boule au ventre, il accepte. Il ne sait pas encore dans quel imbroglio il met le doigt. On suit également des personnages russes, mafieux magouilleurs, gardes-frontière, qui ont leur part dans cette histoire de territoire, d’identité, de rennes et de chiens errants qui ne connaissent pas les frontières, potentiellement porteurs de la rage. Je dois vous avouer qu’au début du roman et ce pendant un temps assez long, le récit fait de plein petites touches avec des personnages nombreux, m’a paru assez confus. Et puis petit à petit, la magie de l’écriture d’Olivier Truc a agi et je me suis retrouvée entièrement immergée dans cette histoire dure, souvent touchante, et instructive une nouvelle fois sur un coin du monde dont on parle peu et que je connais mal – un peu mieux depuis que je lis Olivier Truc. Si je devais vous donner un conseil, allez-y, plongez et serrez un peu les dents dans la première partie de ces chiens de Pasvik, ça vaut le coup d’aller au bout de ce récit.

 

 

 

« Ça, Kujala, ça le faisait marrer – ça le faisait marrer, car les Norvégiens, avec tout leur pétrole et leur gaz, ils avaient quand même besoin du feu vert des petits Finlandais pour la construire, leur voie ferrée qui devait traverser la Laponie pour amener les containers chinois en Europe. Hein, sans les Finlandais et leur voie ferrée, pas de Singapour de l’Arctique ! »

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Truc-Les-chiens-de-Pasvik/1300838

 

 

 

« Oleg se pinça le bout du nez et se frotta les narines. Signe de réflexion profonde. Tout s’accélérait. Cette chasse organisée au pied levé à la demande du gars de Mourmansk. Et celui-ci, Chadoff, c’était un vrai tocard. Un mec blindé de tunes, qui voulait lancer le tourisme dans la péninsule de Rybachy, à deux pas de la frontière norvégienne. Un tocard, mais qui transformait la neige en or avec ses clients VIP qui venaient se faire des cartons en pleine toundra. Mais en attendant, les missions de merde, il me les refile, soi-disant que pour continuer à mener leurs petites affaires, il fallait de temps en temps lâcher un peu de lest vis-à-vis de la nouvelle équipe du gouvernorat. Des putains de chevaliers blancs qui promettaient de faire le ménage ».

 

 

 

« – Kyrö nous a dit que parmi les rennes qui étaient passés début décembre, compléta Klemet, un seul faon a survécu.

– Un petit faon tout mignon qui a beaucoup ému mon collaborateur, lança Kujala.

Nina regarda Klemet. Elle comprenait, ça se voyait. Pour le faon. Klemet en était sûr. Elle aussi aimait le faon de Kautokeino. Le faon qu’Anneli Steggo, une éleveuse du district d’Hammerfest, lui avait offert à l’issue d’une enquête précédente où Nina et lui faisaient équipe. Ce faon, ça avait été comme une révélation pour lui. Une boîte de Pandore. Réveillant toutes les cicatrices liées à son origine sami contrariée. Nina avait été sceptique. Pensant que Klemet se mettait dans une situation impossible avec cette bestiole… »

 

 

 

 

« Nikel.

Piotr conduisait la Logan de monsieur Gretchko en respectant scrupuleusement les limitations de vitesse. Il tournait souvent la tête vers la droite. Pas de grimace, pas de moue. Regard fixe. Indifférent. Piotr préférait le regard indifférent. Sinon, il craignait une gifle. Ça partait toujours sans prévenir. Et quand Piotr tenait le volant, ça pouvait s’avérer dangereux. Monsieur Gretchko était un homme étonnant, plein de ressources, qu’il admirait profondément, mais comprenait rarement. À la vérité, il ne le comprenait jamais, c’est pour ça qu’il lui obéissait sans poser de questions. Son intelligence résidait là. Il connaissait ses limites. Il faisait un employé municipal exemplaire ».

 

 

 

« Pavel monta dans sa Lada Niva et démarra. Il s’engagea sur la route qui longeait la frontière norvégienne, vers le sud-ouest. Une demi-heure plus tard, après avoir croisé au plus une dizaine de véhicules, il poursuivit sur un chemin réservé aux gardes-frontières. Des panneaux interdisaient de l’emprunter. Des caméras plantées tout le long de la route décourageaient les imprudents. La zone frontalière était clairement marquée d’une bande dénudée qui longeait la forêt, avec une double clôture de barbelé et des détecteurs électroniques.

Pavel gara sa voiture au pied de la tour de surveillance qui se trouvait au sommet d’une colline. Natalya Pimenova occupait seule le mirador depuis le matin ».

 

 

 

« – Vitali Tukavin, compléta-t-il.

Renson ne l’avait pas prévenu de la présence d’un Russe, tout sami fût-il. Piera le détailla, essayant de se souvenir s’il l’avait déjà vu. Les Sami russes n’étaient pas si nombreux. Ceux impliqués dans l’élevage encore moins.

– Vitali m’a rejoint de Lovozero. Les Sami russes comptent sur notre appui, Piera. C’est maintenant ou jamais ! Il va nous aider à préparer le prochain Conseil sami nordique. Il est temps que nos frères de Russie soient entendus. Nous en ferons le premier vrai Conseil sami unifié ! »

 

 

 

« L’interprète russe chuchotait aux oreilles des autres. Les gardes-frontières restèrent de marbre. Mirzaev, en revanche, semblait piqué au vif.

– Madame l’inspectrice, si, comme vous le prétendez, vous êtes là pour veiller au strict respect du traité frontalier et à son esprit de dialogue et d’amitié, vous devriez expliquer à ce monsieur que ce n’est pas ainsi qu’on remet en cause des frontières ratifiées et reconnues internationalement.

Le silence plana un long instant. Le vent soufflait légèrement sur eux. Pour la première fois depuis le début de la rencontre, Nina réalisa qu’il faisait vraiment froid. Peut-être parce qu’elle se sentait transpirer sous l’uniforme d’hiver. En termes diplomatiques, pour autant qu’elle pût en juger, la réunion commençait à tourner au vinaigre. Des flocons se mirent à tomber ».

 

 

 

« Vallée de Pasvik.

Piera Kyrö, debout sur le scooter, un genou sur la selle, coupa le moteur. Il respira profondément. Trois fois. Sa façon, depuis si longtemps, de revenir à l’essentiel. Quand sa grand-mère Ida avait encore toute sa tête, qu’elle l’emmenait, gamin, sur les collines face à la Russie. Les jours d’été où le vent chaud soufflait de l’est, transportant les effluves. Ruoššabáhkat. Les Norvégiens nommaient chaleur russe ce vent-là. Ruoššabáhkat, l’histoire de sa vie ».

 

 

 

« Le vent du nord qui soufflait de l’océan Arctique avait vidé les rues de Teriberka, à part ces deux femmes qui marchaient, courbées, portant des sacs en plastique ballottés par les bourrasques. Elles avançaient à petits pas, luttant, s’arrêtant quelques instants, avant de reprendre leur chemin. C’était la première fois qu’Oleg mettait les pieds dans ce gros village des bords de la mer de Barents. Et la dernière, espérait-il.

Le crépi des façades de la plupart des maisons s’écaillait comme une lèpre, dévoilant les lamelles de bois en diagonale, fragile structure qui tenait par miracle face aux bourrasques ».

 

 

 

« Le paysage qui s’offrait ne lui rappelait rien de connu. Au-delà du lac gelé ce n’était qu’arbres saisis par le froid, couverture cotonneuse posée sur le relief alangui. La lumière douce s’infiltrait entre les branches chargées de flocons qui se jouaient des faibles rayons du soleil, l’amplifiant à l’infini par effets de minuscules miroirs. Le ciel d’un bleu intense annonçait la disparition imminente du soleil derrière l’horizon. Par contraste, des reflets rosâtres d’une délicatesse infinie voilaient les courbes de la terre ».

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Cette entrée a été publiée le 25 mars 2021 par dans aventure, mes auteurs préférés, Mes lectures, polar, policier, roman, et est taguée , , , , , , , , , , .
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