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Les racines d’une imposture de Karl Diegner

 

 

« En Tarragone, la terre est gorgée de sang. Ici, plus qu’ailleurs, les mères pleurent leurs enfants. Une frontière invisible traverse les communes, déchire les familles, dévore les amitiés, ensanglante le pays.

Ici, il faut du courage pour rester indépendant. Les gens ne pardonnent pas ceux qui ne choisissent pas leur camp.

Trop de morts hantent la mémoire et dictent la vengeance aux vivants. »

 

 

Résumé éditeur :

Espagne, 1936. La guerre civile déchire et fracture le pays mais aussi les familles. Comme celle de Don Alvaro, oléiculteur en Tarragone dont les deux fils s’engagent et périssent dans la bataille de Teruel, l’un du côté des républicains, l’autre chez les nationalistes. Le petit Enrique ne sait pas dans quel camp a combattu son père lorsqu’il rejoint Carmen, sa mère, veuve à 19 ans, exilée à Paris. C’est là que plus tard, il découvre Espoir, le film d’André Malraux qui va bouleverser sa vie et transformer le petit immigré modèle en exilé politique. Il change de vie, de prénom, de travail, d’amis, d’apparence… Le regard des autres sur lui, aussi, change. Serait-il devenu quelqu’un d’autre ? Enrique endosse cette nouvelle identité qui donne un sens à son existence, jusqu’au jour de la mort de Franco. Il va pouvoir, il va devoir rentrer en Espagne. Là, son imposture va se confronter à la réalité. Il n’en sortira pas indemne. Il a rendez-vous avec son destin.

 

296 pages – 12/7/2021

 

 

 

« Le jour de la signature de l’acte de vente, ils avaient vu descendre de la voiture du notaire le couple d’acheteurs et une petite fille de treize ou quatorze ans peut-être, dont le visage était lumineux. Elle leur paraissait inaccessible dans sa tenue citadine. Elle leur avait adressé un léger sourire, ils avaient répondu timidement. Puis à nouveau un sourire irradia son visage. Elle s’appelait Carmen.

Leur sœur Dolorès, toujours en retrait dans l’ombre de la porte d’entrée, observait avec une certaine irritation le manège de ses frères.

Esteban et Manolo se couchèrent avec ce sourire en mémoire, en attendant avec impatience le début du mois d’août. Ils savaient que cette famille de Madrid devait passer ses vacances dans la maison de la colline. »

 

 

Je suis depuis longtemps « intéressée » ou plutôt interpellée par les conflits fratricides, les guerres civiles comme au Liban, au Rwanda, en Bosnie ou en Espagne… Je n’arrive toujours pas à comprendre comment des personnes qui vivaient en paix depuis longtemps voire même toujours, un jour se battent, se déchirent, se haïssent au point de se tuer. Des familles se fracturent, des voisins, des amis deviennent des ennemis. Et encore plus difficile à appréhender pour moi, comment finalement toutes ces personnes finissent par revivre ensemble, par la force des choses, par la force de la vie. Alors quand Babélio lors d’une opération masse critique a proposé ce livre « Les racines d’une imposture » se déroulant en partie en Espagne durant l’affreuse guerre civile mais aussi après avec toutes les conséquences induites, je n’ai pas hésité et demandé à le recevoir. Merci donc à Babélio et aux éditions L’Harmattan pour cet envoi. L’histoire démarre en Espagne, en Tarragone au moulin d’huile d’olives de Don Alvaro dans le village de Los Cerrezos, peu loin de Teruel où se déroula une effroyable bataille lors de la guerre civile et qui vit périr de nombreux Espagnols dont les deux fils de Don Alvaro, Esteban et Manolo, chacun dans un camp différent. Mais quand débute le récit, les deux frères sont de jeunes adolescents qui font connaissance de Carmen, une jeune citadine de Madrid dont les parents viennent d’acheter la maison de la colline à leur père, Don Alvaro. Pendant des années, la famille madrilène viendra passer ses étés en Téragone et les enfants des deux familles vont jouer ensemble durant ces vacances d’été. Les deux frères vont immédiatement tomber sous le charme de Carmen, jeune fille très belle et éclatante. Dolorès, la sœur d’Esteban et Manolo, vit mal l’attrait quasi exclusif qu’exerce Carmen sur ses frères. Elle se sent exclue de ce trio d’autant qu’elle conserve une boiterie due à une chute lorsqu’elle était enfant. Un jour funeste, les jeunes adolescents vont s’amuser à la rivière et sautent dans l’eau du haut du pont. Dolorès a peur mais par orgueil finit par sauter. Malheureusement, elle saute au mauvais endroit. Elle se blesse durement sur les rochers et restera dans une chaise roulante le reste de sa vie. Ce handicap la rendra encore plus amère, malveillante et jalouse. Sa haine pour Carmen aura de lourdes répercussions dans la suite de l’histoire. Plus âgés, les deux frères vont commencer à se quereller pour le cœur de Carmen qui aime Manolo. Cette discorde amoureuse s’assombrit encore par des idées politiques diamétralement opposées. Esteban a ses amitiés avec des fascistes, les franquistes, tandis que Manolo penche pour les Républicains, les rouges. Lors d’une ultime altercation violente entre les deux frères, Manolo quitte la maison familiale pour s’engager avec les Républicains tandis que Esteban reste et s’engage lui avec les franquistes. Manolo et Carmen qui s’aiment sont ainsi séparés par la guerre. Sans nouvelles de Manolo, la famille de Carmen l’oblige à épouser Esteban. En effet, Carmen est enceinte… d’un rouge. Il ne faut pas que cela se sache. Sous influence, jeune et perdue, Carmen n’a pas le choix. Ainsi nait Enrique. Esteban et Manolo tous deux morts à Teruel, Carmen finit par partir clandestinement en France pour essayer de reconstruire sa vie. Elle part seule car Enrique est trop jeune pour être de ce voyage dangereux. Après 9 ans passés sur la terre de ses ancêtres, Enrique rejoindra sa mère à Paris. Comment vivre sa vie, se forger son identité quand on ne connaît rien de l’Histoire de son pays ni de sa propre famille. En effet, Carmen ne veut pas lui parler de cette guerre qui aura détruit leur famille ni de ses origines. Cette quête, c’est le récit de ce livre que j’ai trouvé passionnant, émouvant et très bien écrit. Je me suis attachée à ces personnages complexes, touchants, ballotés par l’Histoire, courageux aussi et animés par une force vitale incroyable. La quête d’identité est au cœur de ce livre ainsi que cette guerre tellement cruelle entre Espagnols. Cette guerre comme tous les drames révèle l’âme humaine. Elle est parfois bien noire, lâche, méprisable mais elle laisse aussi apparaître parfois du courage, de l’empathie, de la bienveillance, de la rédemption et de l’espoir. A part la toute fin du livre qui m’est apparue inutile et un peu superficielle, j’ai vraiment beaucoup aimé « Les racines d’une imposture ». Mon conseil : partez vite à la découverte de la famille Del Pilar !

 

 

 

« Don Alavaro se souvenait comme d’hier de cette journée effroyable. Il était en train d’empiler de lourds cageots d’olives dans la grange, quand il vit surgir Manolo hors d’haleine. Le visage hagard, dans l’impossibilité de prononcer une phrase correcte, hoquetant :

– Do… Dolorès est blessée, on a sauté du pont. Elle est tombée sur un rocher, elle saigne… son genou…

Il avait compris.

– Aide-moi à accrocher le chariot à plateau au tracteur. Puis ils repartirent à toute allure vers la rivière.

Entre-temps, Esteban était parti couper des branches derrière les rochers. Il les déposa près d’elle. Tremblant de tous ses membres, il tenta de les assembler en civière rudimentaire.

Dans l’eau froide de la rivière, Dolorès n’avait senti qu’une douleur diffuse dans la jambe gauche, maintenant elle souffrait le martyre. »

 

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Diegner-Les-racines-dune-imposture/1352695

Note sur Babélio : 1,5/5 (1 note) – Ma note : 4,5/5

 

 

« Il y avait déjà eu des discussions houleuses et même des disputes virulentes concernant l’actualité politique ou l’avenir du pays, mais jamais avec cette violence des mots et cette haine. Don Alvaro avait toujours su les faire taire, mais cette fois c’était allé trop loin. La jalousie et la confrontation des idées s’étaient transformées en un combat fratricide.

Esteban était devenu tout rouge. Ignorant les paroles de son père, il désigna Manolo avec l’index :

– C’est toi qui fais honte à notre famille. Dis-le, tu veux combattre dans les rangs des rouges.

– Tu n’es qu’un minable facho, un traître aveuglé par la jalousie… »

 

 

L’auteur : Karl Diegner

Né en 1943 en Allemagne, Karl Diegner a effectué ses études à l’École d’ingénieur de Düsseldorf et a suivi parallèlement des cours libres à l’Académie des Beaux-Arts. Après de longs séjours à Paris et au Brésil, il a installé son atelier de sculpture en Provence. La Baigneuse du Wannsee est son premier roman en français.

 

 

 

« A son arrivée à Paris, Enrique n’avait que neuf ans. Le premier jour d’école, à la récréation, un gros garçon aux cheveux roux se dressa devant lui. La morve au nez, il reniflait régulièrement.

– Eh, tu t’appelles comment ?

Intimidé, Enrique se retourna, mais ne vit personne. L’autre, qui le dépassait d’une tête s’impatienta et avança vers lui, le regard menaçant.

– Tu me réponds, sinon…

Enrique se redressa légèrement et répondit : « Enri… », le que resta coincé dans sa gorge. Un signe de satisfaction sembla se dessiner sur le visage du gros.

– Henri, c’est ça ? Alors, ça va.

Jean-Paul posa sa main gauche sur son épaule.

– C’est bien, Henri, j’avais peur que tu sois un fils de ces métèques ou ces bouffeurs de paella, qui nous envahissent.

C’est ainsi que Enrique était devenu Henri, et tout le monde l’appelait ainsi désormais. »

 

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