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La louve cathare, tome 1 de Mireille Calmel

 

« Le sourire de Griffonelle creusa une fossette dans sa joue gauche, juste sous un discret grain de beauté.

– Il est là…

– J’avais remarqué, la taquina Triboulet.

Elle ne releva pas, plaqua la tranche de ses mains de chaque côté de son visage pour l’isoler du mouvement de la rue.

Sitôt, elle s’écarta.

– Bougre de bougre ! Il sort…

– Pile à l’heure, comme toujours, se mit à rire le nain, tandis que s’ébranlait le bourdon de Saint-Michel qui scandait le rythme du vieux palais royal de la Cité.

Pas moins d’une quinzaine d’autres églises, délimitant les paroisses dans l’île, n’allaient pas tarder à lui répondre. Un concert destiné à rappeler aux fidèles comme aux prélats que le service de Dieu allait bientôt commencer. »

 

 

Résumé éditeur :

Paris, novembre 1226, quelques jours avant le couronnement de saint Louis…

L’impétueuse Griffonelle, petite voleuse de seize ans, assiste en pleine rue au meurtre sauvage de sa mère. Rapidement, les soupçons se portent sur Amaury de Montfort, le fils de celui qui a mené la croisade en Occitanie et brûlé des centaines de cathares.

Pourquoi ce crime abominable ? à son tour, Griffonelle est la cible de Montfort. De la religion cathare, pourtant, la jeune femme ne sait rien. Il la traque, exigeant qu’elle lui remette une carte dont elle ignore jusqu’à l’existence ; une carte recherchée par les proches du roi et qui mènerait à une mine d’or cachée en Occitanie, au cœur de la Montagne Noire.

Pour échapper à cet homme et survivre, elle doit découvrir au plus vite ce que sa mère a dissimulé. Mais bientôt, tandis que les assassinats se multiplient dans l’entourage du roi, l’impitoyable vengeance d’une femme plane sur Griffonelle…

Une femme dont le nom est à jamais maudit : la Louve cathare.

 

400 pages – 15/10/2020

 

 

 

« Prête à rejoindre Gaïa, à se vendre une fois de plus aux passants.

Prête.

Autant de fois qu’il le faudrait.

Bah, j’ai fait bien pire que cela…

En quittant son pays dévasté par la haine en 1211, elle avait espéré qu’une de ses tantes l’accueillerait. Mais celle-ci était morte quelques semaines avant son arrivée à Paris et elle avait dû improviser. Elle ne pouvait revenir en Occitanie. C’était devenu trop dangereux. Pour elle. Pour Griffonelle. Son important pécule épuisé, elle s’était retrouvée dehors, en plein hiver, crevant de faim et de froid avec la petite. Deux rues derrière celle de Glatigny.

Si Triboulet n’était passé par là, s’il ne l’avait prise en pitié, conduite à Gaïa cette nuit-là…

Au petit matin, devant le défilé des clients et le sourire enjôleur des filles de joie, elle avait finalement compris où elle se trouvait.

La voie de Dieu ? Celle de la providence ? Dans ce cloaque, au milieu de ces âmes perdues, elle s’était sentie en sécurité. »

 

 

Quel plaisir de retrouver l’écriture de Mireille Calmel ! Elle sait si bien nous emmener dans ce Moyen-Age qu’elle connait très bien avec une âme romanesque qui nous emporte dans ses histoires. Je l’ai découverte avec son si merveilleux roman « Le lit d’Aliénor ». Si vous ne l’avez pas lu, courrez vite l’acheter et lisez-le. C’est juste du bonheur ! Bon, je me calme. Ici, en filigrane, on retrouve Aliénor, mais ce sont ses descendants qui sont les héros de « La louve cathare ». Griffonelle est une jeune fille libre et joyeuse qui vit avec sa mère, Mahaut, chez Gaïa, une maquerelle au grand cœur et les autres ribaudes qu’elle considère comme ses tantes. Griffonelle vole les bourses des riches avec Triboulet, un nain qu’elle considère comme son père. Tous ces personnages atypiques forment sa famille et elle s’y sent bien. Griffonelle est tombée sous le charme d’un jouvenceau qu’elle détrousse chaque jour avec habilité et malice. Ce dernier, Louis, se laisse faire car lui aussi est tombé amoureux de la jeune voleuse si belle et rieuse. Cette vie va être fracassée par deux évènements qui vont toucher de plein fouet ces deux jeunes gens. La mère de Griffonelle est tuée en pleine rue par un chevalier au visage balafré qui s’avère être Amaury de Montfort, fils de Simon de Montfort, tous deux des chevaliers cruels liés à la croisade contre les Cathares. Amaury de Montfort veut s’emparer de Griffonelle afin qu’elle lui remette une carte dont elle ne sait rien. L’autre évènement est la mort du roi Louis VIII dit le Lion, père de Louis qui s’avère être le futur Louis IX (Saint Louis) ce qu’ignore Griffonelle. Commence alors une aventure qui mêle l’Histoire de France, les croisades contre les Cathares, la régence de Blanche de Castille, mère de Louis, l’incendie de Notre-Dame… et les destins croisés de Griffonelle et de Louis… sous la menace de Na Loba, la louve cathare. C’est très bien écrit, passionnant… Quand on commence « La louve cathare », on ne peut plus le lâcher avant la fin… Or c’est en deux tomes ! Je ne vous cache pas que je suis déjà en train de dévorer le tome 2 ! Un régal à tous les plans, je ne peux que vous conseiller de lire « La louve cathare » et tout Mireille Calmel par la même occasion.

 

 

 

« Il mit pied à terre.

– Une seule me suffira, si elle est tienne.

Gaïa afficha un sourire édenté.

– Dites toujours…

Il cogna dans son gant, détailla les visages autour de lui, infirmant ce qu’il avait dénoncé la seconde précédente : il y avait bien assez de lumière encore.

Assez pour que, cette fois, Mahaut reconnaisse ces traits durs, cette cicatrice qui les déformait, ce regard sans âme, sans pitié. Il s’arrêta dans le sien, s’emplit d’une lueur de victoire comme elle se décomposait.

– Mahaut…, crissa-t-il. Mahaut de Cabaret.

Et Mahaut sentit son sang se glacer dans ses veines. »

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Calmel-La-louve-cathare-tome-1/1244602

 

Note sur Babélio : 4,05/5 (72 notes) – Ma note : 5/5

 

 

 

« Louis venait de s’engager dans la rue Saint-Denis-de-la-Chartre lorsque Griffonelle le percuta violemment, les traits ravagés de larmes et de terreur.

Ahuri, il ne sut que se rejeter dans l’ombre d’un muret, la regarder fuir l’endroit qu’elle venait à peine de rejoindre, le nain sur ses talons.

Avant même qu’il n’ait pu se poser la moindre question, on se mit à gueuler sur sa gauche.

– Les sergents ! Voilà les sergents !

Peinant à comprendre ce qui avait pu se passer en si peu de temps, il tourna la tête. Quatre hommes armés se dirigeaient au pas de course vers un discret attroupement. »

 

 

L’auteure : Mireille Calmel

Mireille Calmel, née Mireille Rouchon, est une écrivaine française née à Martigues le 8 décembre 1964.

Mireille Calmel a l’habitude de dire que l’écriture lui a sauvé la vie. Car lorsque, à l’âge de 8 ans, elle tombe gravement malade et est déclarée perdue, Mireille commence à écrire, par besoin d’extérioriser sa peur, mais aussi parce qu’elle croit profondément que tant qu’elle écrira, elle ne mourra pas.

Et inexplicablement, bien que les médecins aient renoncé, la maladie régresse. Peu à peu, Mireille reprend des forces, recommence à marcher. Elle travaille avec acharnement ses cours par correspondance, sans jamais cesser d’écrire : 250 poèmes, des chansons, un roman… Ce n’est qu’à quinze ans qu’elle retrouve une vie pleinement normale. Elle ne pense plus qu’à écrire, lire, chanter, vivre à tout prix.

Elle écrit des chansons, des nouvelles, des pièces de théâtre, dont l’une destinée aux adolescents sera couronnée d’un prix, chante dans les bals populaires, organise un festival de théâtre, monte des spectacles sur différentes scènes à travers la France…

En 1995, elle dépose un dossier d’insertion et obtient le RMI pour écrire ce qui deviendra Le lit d’Aliénor. Cinq ans après, elle envoie son manuscrit à Bernard Fixot, avec qui elle signe son premier contrat. Et c’est le succès : plus de 100 000 exemplaires vendus en librairie en France, 800 000 exemplaires vendus dans le monde… Deux ans après, les héroïnes de son Bal des Louves rencontrent le même engouement auprès du public.

Mireille Calmel vit en Aquitaine, à Saint-Christoly-de-Blaye, avec son mari et ses enfants.

 

 

 

« – Que se passe-t-il, mère ?

Elle prit une profonde inspiration, ouvrit la bouche. Aucun son n’en sortit.

À sa place, le glas de la chapelle du palais lâcha un coup long, puissant, qui fit vibrer les vitres. Louis vit sa mère l’encaisser en serrant les mâchoires. Il se jeta sur la fenêtre, l’ouvrit en grand, reçut la vibration du deuxième coup en plein cœur.

Un troisième l’ébranla en entier.

Hagard, il pivota, revint vers sa mère qui n’avait pas bougé, la prit dans ses bras.

– Dites-moi que ce n’est pas vrai, mère… dites-le-moi…

Elle le serra, presque à l’étouffer. Il était aussi grand qu’elle, mais en cet instant, c’était de nouveau le petit garçon qu’elle aurait voulu consoler.

– Je ne le peux, hélas… la camarde a emporté votre père, à Montpensier, en Auvergne, alors qu’il se préparait à rentrer…

Louis se rejeta en arrière.

– Non… C’est impossible, mère… je ne suis pas prêt, argua-t-il, comme si cela pouvait faire reculer la mort, faire revenir son père, lui interdire à lui d’être dévasté. »

 

 

 

« Il embrassa le bout de ses doigts, sourit dans sa détresse.

– Je ne vois ici qu’une grande reine, telle que fut Aliénor. Et mon père comme mon grand-père la voyaient aussi. Vous vous repentez de votre orgueil ? Aucun des trois n’en manqua. Je crois même qu’il en faut, autant que de vertu, pour gouverner tête haute. Alors, de grâce, ne vous flagellez pas et apprenez-moi à marcher sur leurs traces, mère.

Bouleversée, elle l’attira dans ses bras, déposa un baiser tremblant sur le haut de son crâne, là où bientôt scintillerait la couronne. »

 

 

 

« Au milieu des religieux debout, les chevaliers mirent un genou à terre et Louis vit sa mère chanceler.

Lors, son œil rancunier se posa de nouveau sur Amaury de Montfort.

Ce n’est pas elle qui a forcé mon père à guerroyer en Occitanie, c’est toi, infâme pourceau. Toi qui n’as pas su ramener Toulouse à la raison ! N’aurais-je que cela à te reprocher que ce serait déjà trop…

Son sang se mit à bouillir dans ses veines, lui faisant redresser la tête, imprimant sur ses traits juvéniles ce que tous attendaient : l’image d’un roi.

À cet instant pourtant, ce n’était pas le roi qui fixait la joue de Montfort. Mais un jouvenceau épris qui se jura de découvrir pourquoi la mère de sa voleuse la lui avait déchirée.

Et surtout pourquoi elle l’avait payé de sa vie. »

 

 

 

« Et malgré les efforts des trois femmes, Griffonelle ne sentait, ne voyait que lui. Un sang rouge, épais, qui, par instants, se confondait avec des images de flammes : le feu ardent des bûchers que venait d’évoquer Gaïa.

La maquerelle s’était assise à califourchon sur le banc, face à elle, pour l’obliger à rester concentrée sur son récit.

Elle lui prit le menton, la forçant à relever la tête, à affronter la réalité.

– Tout ce que je sais de l’histoire des cathares, chérie, c’est cette succession de massacres perpétrés par Simon de Montfort au service du pape. Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants contraints d’abjurer leur foi ou de brûler. C’est pour t’en sauver que ta mère a fui ce pays à feu et à sang. Qui elle était, ce qu’elle y faisait auparavant, je l’ignore. »

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