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Les silences d’Ogliano d’Elena Piacentini

 

« À Ogliano, les montagnes occultent la quasi-totalité du ciel.

Les montagnes sont le ciel.

Je pourrais y marcher les yeux fermés. Moi, Libero Solimane, fils d’Argentina Solimane et d’elle seule, petit-fils d’Argentu Solimane dernier des chevriers, je suis né là-haut.

Là-haut, le nom des Solimane s’éteindra avec moi. »

 

 

Résumé éditeur :

La fête bat son plein à la Villa rose pour la célébration de fin d’études de Raffaele, héritier de la riche famille des Delezio. Tout le village est réuni pour l’occasion : le baron Delezio bien sûr ; sa femme, la jeune et divine Tessa, vers laquelle tous les regards sont tournés ; César, ancien carabinier devenu bijoutier, qui est comme un père pour le jeune Libero ; et bien d’autres. Pourtant les festivités sont interrompues par un drame. Au petit matin, les événements s’enchaînent. Ils conduisent Libero sur les hauteurs de l’Argentu au péril de sa vie.

Situé au cœur d’un Sud imaginaire, aux lourds secrets transmis de génération en génération, « Les Silences d’Ogliano » est un roman d’aventures autour de l’accession à l’âge adulte et des bouleversements que ce passage induit. Un roman sur l’injustice d’être né dans un clan plutôt qu’un autre – de faire partie d’une classe, d’une lignée plutôt qu’une autre – et sur la volonté de changer le monde. L’ensemble forme une fresque humaine, une mosaïque de personnages qui se sont tus trop longtemps sous l’omerta de leur famille et de leurs origines. Placée sous le haut patronage de l’ »Antigone » de Sophocle, voici donc l’histoire d’Ogliano et de toutes celles et ceux qui en composent les murs, les hauts plateaux, les cimetières, les grottes, la grandeur.

 

208 pages – 5/1/2022

 

 

 

« Les quatre voitures de la suite du baron traversèrent Ogliano sans rencontrer l’habituel comité de bienvenue. À l’exception d’une armée de chats efflanqués rendus apathiques par la chaleur suffocante de la mi-juillet, les rues étaient désertes. Pas âme qui vive sur les murets. Personne aux balcons des fenêtres. Cette année-là, le retour des Delezio sur leurs terres ancestrales fut éclipsé par la mort de Bartolomeo Lenzani. À l’heure où le cortège fit son entrée, villageois et parents venus des quatre coins de la province étaient massés dans l’église. Les derniers arrivés, faute de place, palabraient sous les platanes. Seuls manquaient à l’appel Herminia la Folle et le vieil Ettore, grabataire. Sans oublier ma mère, qui, dans la matinée, avait apporté une marmite de soupe à la sœur du défunt, et moi qui l’avais accompagnée en traînant les pieds. En mécréants notoires, nous étions exemptés d’office. »

 

 

Comment vous dire ? J’aime, j’adore l’écriture d’Elena Piacentini depuis que je l’ai découverte avec le roman « Carrières noires » que l’on m’a offert il y a quelques années maintenant. Quand je pense que j’aurais pu passer à côté de l’univers d’Elena Piacentini, j’en ai des sueurs froides ! Des personnages ciselés plein d’humanité, des intrigues intelligentes et complexes juste ce qu’il faut pour maintenir le suspense jusqu’au bout, une écriture fine et souvent poétique… Oui j’adore vraiment l’univers d’Elena Piacentini et son dernier ouvrage « Les secrets d’Ogliano » m’a parfaitement comblé. J’avais hâte de le découvrir tout en sachant qu’elle s’éloignait pour un temps de son domaine de prédilection et premier qui est le roman policier. Allait-elle me convaincre tout autant ? Eh bien oui, mille fois oui et avec maestria comme à son habitude. Avec douceur mais en même temps avec une certaine dureté, Elena Piacentini nous fait découvrir le village d’Ogliano et ses habitants au travers des yeux et du cœur de Libero, 17 ans. Libero Solimane, fils de la fière Argentina qui ne lui a jamais révélé qui était son père. Est-il mort ? Est-ce si honteux d’être le fils de ce père-là ? Librero ne le sait pas et en souffre. Il a été aimé et élevé par son grand-père, Argentu, le dernier berger d’Ogliano. Argentu du nom de cette montagne belle, sauvage et mystérieuse qui surplombe le village. Son grand-père est maintenant décédé et Libero s’est attaché à César, un ancien carabinier devenu bijoutier d’art, qu’il considère un peu comme un père de substitution. Ogliano est un village du sud, cela pourrait se situer en Corse dont est originaire l’auteure, où les gens vivent chichement sous la domination de la famille des Delezio. En quelques jours, des évènements tragiques vont se dérouler au village et télescoper complètement la vie de trois jeunes hommes : Libero, Gianni le meilleur ami de Libero qui a quitté le village depuis plusieurs années sous la coupe de son oncle, un maffieux qui vient de décéder, et de Raffaele, le fils du baron qui allait à la même école que Libero et Gianni, avec son frère jumeau, Gabriel, avant que ce dernier décède. Leurs vies vont être à jamais bouleversées, les cœurs mis à rude épreuve et fracassés sur les secrets de famille dans ce village où tout le monde se connaît et où on a appris à se taire pour survivre. Tous les personnages sont magnifiques et pétris d’émotion. La vie n’est pas aussi binaire que le blanc et le noir ou les bons et les méchants. Elena Piacentini nous prend par la main et nous emmène entrevoir le dessous des choses vers l’intimité des âmes. La tragédie d’« Antigone » dont le livre ne quitte jamais la poche de Raffaele, traverse « Les secrets d’Ogliani » et en fait une épopée épique. Elena Piacentini nous livre là une aventure humaine dans une nature belle et sauvage et à l’arrivée un très grand beau moment de lecture. J’ai eu du mal à quitter Ogliano et Libero. Gros coup de cœur ! J’ai déjà hâte de lire son prochain roman. Si vous ne connaissez pas encore Elena Piacentini, je ne peux que vous inciter fortement à vous précipiter dans une librairie et d’y remédier. Ce roman, « Les secrets d’Ogliano », sera un excellent début ! Bonne lecture !

 

 

 

« Treize mois après la mort de sa première femme qui lui avait donné deux fils jumeaux, il célébrait la fin de son veuvage en mariant Tessa et ses vingt-cinq ans, lui qui en comptabilisait le double. “Deuil de femme morte dure jusqu’au seuil de la porte”, le proverbe lui allait comme un gant. Moins de deux années plus tard, cet imbécile ventripotent délaissait sa jeune épouse tremblante et choquée pour donner ses instructions au personnel de maison.

Comment était-il concevable de se détourner de Tessa ? »

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Piacentini-Les-silences-dOgliano/1373392

 

Note sur Babélio : 4,14/5 (11 notes) – Ma note : 5/5

 

 

 

« J’eus tout juste le temps de laisser tomber les jumelles dans ma besace. Raffaele Delezio fit un bond de côté, déconcerté de me trouver en travers de sa route, autant que moi de le voir émerger d’un bouquet de fougères. Il n’avait pas changé. Lunaire et retiré en lui-même, ce qui faisait dire à certains qu’il se croyait supérieur au commun des mortels. Je ne partageais pas cet avis. Le fils du baron n’avait pas hérité de la morgue paternelle. D’allure, il devait beaucoup à sa mère, élancé et châtain, là où son père était replet et aussi noir de poil que les sangliers qu’il aimait chasser. Pour le reste, difficile d’en juger : il se tenait toujours tête penchée, abrité derrière une longue frange, comme s’il était occupé à chercher quelque chose. Je crois, moi, qu’il ne s’était pas remis de la disparition de son frère jumeau survenue après une mauvaise chute. Le cœur de sa mère n’y avait pas survécu. »

 

 

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L’auteure : Elena Piacentini

Éléna Piacentini est une auteure de polars française née en Corse le 5 novembre 1969.

Éléna Piacentini a passé toute son enfance et son adolescence en Corse, entre le maquis et les bras de sa grand-mère.

Ses études supérieures et sa vie professionnelle l’obligent à traverser la Méditerranée pour un périple toujours plus septentrional. Nice, puis la Normandie, Paris, et enfin Lille, où elle s’installe en 2003.

Elle propose en 2008 son premier roman policier, commencé deux ans plus tôt, aux éditions Ravet-Anceau : « Un Corse à Lille ». C’est le début de sa collaboration avec cet éditeur, et le livre connaît un succès immédiat. « Un Corse à Lille » présente son personnage fétiche, Pierre-Arsène Leoni, policier insulaire émigré dans le Nord en compagnie de sa grand-mère. Toute ressemblance avec l’auteur est la bienvenue. D’autres ouvrages vont suivre avec Pierre-Arsène Leoni. Dernièrement, une nouvelle héroïne, Mathilde Sénéchal à la DIPJ de Lille, fait son apparition avec le même succès. Son dernier ouvrage « Les silences d’Ogliano » n’est pas un policier bien que le suspense soit bien présent.

 

 

 

« Sous l’effet de la brise de fin de journée, l’air se décompactait et Ogliano reprenait son souffle. Dans ses ruelles conçues pour piéger l’ombre, la température avait chuté. Les persiennes des maisons étaient grandes ouvertes. Des fumets de ragoûts montaient des arrière-cours. Les femmes se serraient sur les murets en grappes noires. Toutes avaient amené de l’ouvrage, un pantalon à repriser, des légumes à éplucher… Un landau que l’on faisait aller et venir dans un mouvement de métronome. Les mains étaient à la tâche mais les langues n’étaient pas en reste. De ce que je pouvais saisir de leurs conversations, le cas Lenzani était froid. Les règles de la préséance ayant repris leur droit, les esprits s’échauffaient au sujet du baron et de la réception en l’honneur de Raffaele. »

 

 

 

« Dans les réponses a minima d’Argentina comme dans ses silences, j’entendais sourdre un double mensonge. Mon père était un salaud et il n’était pas mort. Je voulais son nom. Pas pour le porter, non. Pour le lui cracher à la figure. Les jours de colère, je me voyais tuer un homme sans visage. »

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