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Abîmes de Sonja Delzongle

 

« Il se contentait de vivre, de se fondre dans son environnement familier, cette forêt qui l’abritait depuis toujours et la neige, sa matrice. Il la sentait venir, à l’intérieur de son corps, dans ses veines, ses os et ses muscles qui se tendaient sous la peau. Il pouvait la respirer avant de voir les premiers flocons s’échapper du ciel bas et opaque. »

 

 

Résumé éditeur :

Janvier 1999. Viktor Mendi, un homme d’affaires, et son épouse s’écrasent avec leur avion de tourisme dans le massif pyrénéen du Mont-Perdu, à la frontière franco-espagnole.

Vingt-quatre ans plus tard, leur fils, Antoine, arrive dans la région. Auparavant en fonction chez les chasseurs alpins, il vient d’obtenir sa mutation dans la gendarmerie du village natal de son père.

Très vite, sa supérieure, la redoutable capitaine Elda Flores, comprend que sa nouvelle recrue lui cache quelque chose. Quel secret obsède Antoine ? D’où lui vient cette défiance envers les habitants du village ? Quels liens entretient-il avec la communauté qui vit en autarcie dans la forêt voisine, et notamment avec la mystérieuse Miren ?

Lorsqu’un berger découvre dans son pré sept bonhommes de neige disposés autour du message « Ont vous auras », tracé dans la poudreuse, le village est saisi d’effroi.

 

448 pages – 9/2/2022

 

 

 

« Une dizaine de chalets comme le sien, bâtis entre les sapins, dont certains supportaient même les murs en rondins, semblaient déjà endormis, excepté la fumée qui sortait de la cheminée. Locomotives sans départ, amarrées au sol. Ces femmes et ces hommes qui étaient devenus, un jour, Ceux de la forêt, avaient préféré cette vie-là, libre et sauvage, au cœur de la nature et d’eux-mêmes, n’y puisant que l’essentiel pour un confort sommaire. Et parce qu’à toute communauté est nécessaire un guide ou bien un chef, ils avaient laissé la doyenne, l’Espada, prendre les rênes. »

 

 

Décidément les auteurs aiment prendre les Pyrénées pour décor et en faire quasiment un personnage. A l’instar de Bernard Minier, Sonja Delzongle campe son nouveau thriller « Abîmes » dans les Pyrénées à côté de Bagnère-de-Bigorre. La nature y est rude, dangereuse et sans pitié comme les hommes qui y habitent. Deux communautés que tout sépare y vivent : Ceux d’en haut qui vivent dans le village au pied de la montagne et Ceux de la forêt qui vivent reclus dans ladite forêt, un peu comme au Moyen-Age avec des croyances ancestrales. Bien sûr, ils ne s’aiment pas et n’ont aucun contact si ce n’est ponctuellement lors d’incidents rarement amicaux. Antoine Mendi, un jeune du village, orphelin depuis que ses parents sont morts dans un crash d’avion dans les hauteurs de la montagne, parti chez un oncle, revient au village pour y intégrer la gendarmerie. Taiseux au fort caractère, il semble avoir des secrets et surtout une mission personnelle à mener autre que son métier de gendarme. Ce qui a le don d’énerver passablement sa chef, la capitaine Elda Flores. Peu à peu, se déroulent dans le village et aux alentours de nombreux incidents qui vont peu à peu dégénérer en véritable hécatombe. La montagne et un ou des assassins ne font pas de quartier. Le mystère s’épaissit encore quand une avalanche ensevelit la moitié du village. Le destin ou une main criminelle ? L’intrigue est foisonnante et énigmatique et par moment un peu cousue de fil blanc mais passionnante à suivre. L’auteure arrive à retomber sur ses pattes à la fin, c’est l’essentiel. On sent de nouveau l’auteure impliquée dans la défense de la planète, lançant des alertes pour la préservation de la nature et de tous les êtres vivants. Ses personnages sont forts, parfois attachants. L’histoire est souvent brutale, violente et ne donne pas beaucoup de seconde chance à ses protagonistes. J’avoue avoir eu un peu de mal concernant la fin de ce thriller mais ça n’a rien enlevé au plaisir de ma lecture. A vous de voir en le lisant.

 

 

 

« Ce qui les avait liés était autre chose. L’instinct de se reproduire et de survivre. Il ne l’avait pas choisie, parce qu’on la lui avait mise entre les mains. Ils la lui avaient confiée, parce qu’il était le plus solide. Aussi solide qu’un de ces hêtres. « La même écorce, la même dureté », disait la matriarche, celle qu’ici on surnommait l’Espada, « l’épée », pour son tempérament aussi froid et ses mots aussi tranchants qu’une lame. »

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Delzongle-Abimes/1358259

 

Note sur Babélio : 3,53/5 (54 notes) – Ma note : 4,5/5

 

 

 

« Il laissa couler pour cette fois et alla se servir une tasse de café aussi noir que son humeur. Les enflures… Et c’est sûr, c’est elle qui est derrière tout ça ! L’Astrid Hirigoyen, la fille du maire. C’est forcément eux. Les écolos. Les antichasse. « ONT VOUS AURAS. » En plus, ils ont fait des fautes, pour faire croire que c’étaient des gosses…, se dit-il en se brûlant la langue, les yeux perdus au-dehors, sur le pré qui s’étendait dans toute sa blancheur neigeuse. On aurait dit que le ciel et ses nuages étaient tombés sur le monde. Juste derrière, le flanc puissant de la montagne. Le village entier y était adossé. Une nichée d’oisillons contre le ventre de leur mère. Elle le protégeait des vents glacés et des tempêtes et le maintenait dans son ombre même en été. Ce qui, par ces canicules de plus en plus régulières, n’était pas un mal. Pourtant, ces derniers temps, les coulées de neige, heureusement sans gravité, s’étaient multipliées et la montagne protectrice se transformait peu à peu en une menace latente. Malgré tout, personne ici ne songeait à quitter le village où il était né. »

 

 

L’auteure : Sonja Delzongle

Sonja Delzongle, née le 28 août 1967 à Troyes, est une femme de lettres française, auteure de roman policier.

Née d’un père français et d’une mère serbe, Sonja Delzongle a grandi, riche de deux cultures. Diplômée de l’école des Beaux-Arts de Dijon, elle expose pendant une quinzaine d’années puis devient journaliste en presse écrite à Lyon, où elle vit toujours. Elle se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture.

 

 

 

« Les nouveaux locaux de la gendarmerie se trouvaient à quelques mètres de la mairie. Construits cinq ans auparavant, c’étaient les seuls bâtiments du village à ne pas avoir le charme des vieilles pierres. À trente-quatre ans, Antoine intégrait une brigade composée de trois gendarmes sous les ordres de la redoutable Elda Flores, une géante brune de plus d’un mètre quatre-vingt-dix aux jambes et aux bras interminables plantés dans un buste ridiculement petit, dont le seul regard noir et transperçant pouvait vous pétrifier, ce qui lui valait discrètement le surnom de Medusa. Elle le savait mais s’en foutait royalement. Elle tenait la boutique depuis le début et avait connu les anciens locaux, si délabrés et vétustes qu’une rumeur les disait hantés. Par les cafards et les rats, c’était certain. Le grade d’Antoine, lieutenant, lui permettait de prétendre d’emblée au poste d’adjoint d’Elda, la capitaine de la Rurale. »

 

 

« – Mon capitaine, je crois avoir attrapé une grippe, je ne vais pas pouvoir venir aujourd’hui.

– Ça commence bien, le nouveau ! s’exclama Flores, dont les jambes devaient reposer comme des cannes à pêche sur son bureau. Depuis quand une grippe dispense-t-elle un chasseur alpin de se rendre sur le terrain ?

– Je ne voudrais pas contaminer tout le monde.

– Oh, monsieur est bien bon ! Eh bien, je vais l’être à mon tour… Si tu ne te radines pas dans le quart d’heure qui vient, ce sera ma ranger au cul ! Moi à la tête de cette gendarmerie, la seule chose qui pourrait t’empêcher de venir travailler, ce serait d’être mort ! Te voilà prévenu.

Antoine jeta son portable de côté en se renversant sur l’oreiller.

– Ah, on dirait qu’il y a un os…, lui souffla Max.

– Un gros, ouais.

– Parce que tes plans, c’était quoi, pour aujourd’hui ?

– Trouver un hélicoptère ou un drone. »

 

 

 

« 1er février 2023, dans la montagne

Comme prévu, ils furent prêts à partir dès 6 heures pour une marche qui leur prendrait sans doute toute la matinée. Initié par le Vieux, Noah connaissait très bien cette partie de la montagne ainsi que le meilleur passage de la frontière espagnole vers le mont Perdu, qui leur permettrait d’éviter les douanes volantes. Le Messager ne quittait jamais le hameau abandonné qu’il habitait, mais une fois par an, Ceux de la forêt le retrouvaient dans la montagne pour célébrer Abellio, dieu du Soleil et du Vent, dont le culte remonte au moins au XVIe siècle. Dans les croyances bien entretenues et cultivées par l’Espada, le Messager aurait été envoyé par Abellio et serait le seul lien vivant avec les dieux. En revanche, pour la plupart de ceux qui l’avaient croisé, il ne s’agissait que d’une sorte d’illuminé ou d’un vieil ermite un peu dérangé. »

 

 

 

« Lorsqu’ils atteignirent le lac Glacé, il était presque 11 heures. L’air s’était sensiblement réchauffé et, avec la dépense physique, leurs anoraks étaient presque de trop.

– On est dans les temps, annonça Noah qui se défit du sien et le noua autour de la taille. On trouvera un endroit où poser la tente de l’autre côté du lac. On va le traverser.

Il tâta la glace de la pointe de son piolet.

– Tu es sûr que ce n’est pas dangereux ?

– La glace est épaisse, ça s’entend à l’oreille, tiens… écoute… Il tapota de nouveau la surface gelée avec le piolet. Formé par un glacier qui se déployait autrefois sur le versant du Marboré, le lac Glacé s’était peu à peu réduit à un creuset naturel rempli d’une eau douce qui gelait en hiver et dont la fonte s’amorçait début avril pour donner un laquet aux teintes émeraude et turquoise, petit joyau posé sur le flanc gris ardoise du Marboré.

– Allons-y. Tu me suis, mais pas à moins d’un mètre. Mieux vaut répartir notre poids, on ne sait jamais.

Prise d’un tremblement intérieur, Miren ne répondit pas et lui emboîta le pas à la distance recommandée. Les crampons accrochaient bien la glace, les empêchant de glisser. Derrière eux se dressait, tel un rempart millénaire, la barrière du cirque d’Estaubé, creusée en son centre par la fameuse brèche de Tuquerouye où se nichait le refuge qui les avait abrités pour la nuit. »

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