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Partage de mes lectures

D’écume et de sang de Mireille Calmel

« Je l’ai aimé au premier regard.

Avec une violence telle que tout mon être s’est senti aspiré, projeté, déchiqueté, noué à lui. Noué à la pétulance de ses yeux d’océan, à son torse puissant, à sa mâchoire carrée, à ses boucles brunes, à sa barbe naissante.

Je venais d’avoir treize ans. Et j’ai été broyée de l’intérieur comme l’aurait été un rocher fracassé par la tempête.

Encore aujourd’hui, il me suffit de fermer les paupières pour ressentir ce ressac, cette force capable de se dresser contre une mer en furie et d’accepter ce sentiment de destruction dont on sait que l’on ne se relèvera pas.

Juste parce qu’il m’a retourné mon sourire.

À cet instant, mon père, qui se tenait près de moi sur ce quai de Nantes, m’a secoué violemment le bras.

– Les Clisson sont nos ennemis. Manifeste encore une fois de l’intérêt à celui-ci et tu verras ce qu’il t’en coûtera, a-t-il grincé. »

Résumé éditeur :

La confession bouleversante de Jeanne de Belleville, pirate au courage inouï…

« Je n’avais pas le droit de l’aimer. Pourtant, il nous a suffi d’un seul regard échangé pour que nous sachions que nous étions l’un à l’autre et que nous le resterions jusqu’à notre dernier souffle. Pas un instant je n’ai cessé de penser à lui, d’être à lui.

Alors, quand le roi de France me l’a arraché en toute injustice, tout cet amour, immense, éperdu, s’est transformé en haine. Et cette soif de vengeance a fait de moi l’être impitoyable que l’Histoire a retenu sous le nom de la “Tigresse bretonne”.

Pour que ma vérité s’entende, voici ma confession. Sans espoir de pardon. Et sans regrets. »

Jeanne de Belleville, dame de Clisson et de Montaigu. 25 avril 1359

L’histoire d’amour tragique de Jeanne de Belleville, la pire ennemie du roi de France, sur terre comme sur mer. Un destin hors du commun qui fera d’elle une légende. Un roman épique et puissant sur l’une des plus grandes héroïnes de la guerre de Cent Ans.

368 pages – 19/5/2022

« L’espace d’un instant, je n’ai pas compris. Jamais il n’avait levé la main sur moi.

Jamais.

Puis il s’est avancé, le visage déformé par cette fureur qui n’avait fait que grandir depuis que nous avions quitté le quai.

– Je t’avais prévenue, Jeanne ! C’est à lui ! À lui seul que tu devras ceci ! a-t-il grincé avant de frapper à l’aveugle.

J’ai toujours été persuadée que si ma mère n’était pas arrivée quelques instants plus tard pour se dresser en hurlant entre nous, il aurait continué. Continué jusqu’à ce que je rende vie, recroquevillée sur moi-même dans un angle de la pièce. »

J’aime beaucoup l’écriture de Mireille Calmel. J’ai dû déjà vous le dire. Et ce dernier roman ne changera rien à la donne car je l’ai beaucoup aimé !! Toujours cette écriture flamboyante, pleine de passion, d’amour et ici de vengeance. Une vengeance folle, pleine de haine nourrie par le chagrin, le malheur, l’injustice, le meurtre injustifié et indigne d’un homme tant aimé et chéri. Cette vengeance va être violente, cruelle et jusqu’au-boutiste ! C’est la première fois que je lis tant de violence dans un livre de Mireille Calmel. Ce roman est tiré de l’histoire vraie de Jeanne de Belleville qui fut une femme incroyable au caractère bien trempé, une amoureuse et une combattante dans un temps où les femmes restaient dans leur foyer. Avec ce roman, on découvre les tenants et les aboutissants d’une époque où le royaume de France est encore bien faible et à la croisée des chemins. L’Angleterre revendique des territoires sur le continent de France. La guerre de Cent ans bat son plein, la Bretagne tente de rester indépendante et les alliances se font et se défont. Quand le récit démarre, Jeanne est une jeune fille de treize ans, insouciante et heureuse de vivre. Sur un quai de Nantes, d’un regard, elle tombe amoureuse folle d’Olivier de Clisson. Or, pour son malheur, les Clisson sont les ennemis de la famille de Jeanne. Elle ne sait pas vraiment pourquoi mais la haine est tenace et fera commettre à son père qui jusque-là avait été un père aimant, des actes odieux. Coups, brimades, humiliations et mariage forcé avec un cousin lointain, brute et violent : Geoffroy, seigneur de Châteaubriant. Commence alors pour Jeanne une vie de malheurs et de souffrances. D’un caractère fort, elle va tenir, résister grâce à l’amour d’Olivier de Clisson qui est marié sans amour de son côté. Après des aventures incroyables, ils finiront par se retrouver pour vivre enfin pleinement leur amour jusqu’au drame. La décapitation d’Olivier sur ordre du roi de France. Pourtant Olivier de Clisson a toujours été un chevalier fidèle au roi. La stupeur, le chagrin et la colère de Jeanne vont se muer en haine. Une haine folle, meurtrière et cruelle qui poussera Jeanne à venger l’honneur de son époux bien aimé. Elle deviendra alors une combattante puis une pirate sans merci, « La tigresse bretonne ». C’est vraiment un roman fort, palpitant et plein d’aventures que nous propose Mireille Calmel. Gros coup de cœur que je vous conseille vivement de lire.

« J’ai découvert ce jour-là que l’héritage de ma mère ne tenait pas seulement en ces terres qu’elle avait apportées en dot à Maurice, le cinquième des Belleville, ou encore en mon éducation calquée sur celle qu’Aliénor d’Aquitaine avait donnée à ses enfants. Elle m’avait légué le plus précieux des biens : des personnes de confiance. Des personnes qui me chérissaient. Prêtes non seulement à me servir, mais à me comprendre, à m’épauler. Ainsi qu’elles le faisaient depuis toujours.

Il avait fallu la mort injuste de ma mère pour que je prenne conscience du savoir qu’à ses côtés et au fil du temps tous trois m’avaient permis d’accumuler. Un savoir que j’avais cru normal, alors que, de toute évidence, aucune des damoiselles de mon âge et de mon rang ne le possédait. »

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Calmel-Decume-et-de-sang/1419197

Note sur Babélio : 4,2/5 (5 notes) – Ma note : 5/5

« Dans l’escalier menant à l’aula, Auline m’a chuchoté à l’oreille :

– De grâce, Jeanne, faites bonne figure ou demain les ragots iront bon train. Or ce n’est pas ce que vous voulez.

Elle avait raison. Ce n’était pas ce que je voulais. J’avais survécu aux coups de mon père, j’étais plus forte que je ne le pensais.

– Pince-moi, lui ai-je demandé en pénétrant dans la pièce. Pince-moi fort dans le creux du bras.

Elle s’est empressée de s’exécuter. La décharge m’a forcée à me redresser, ramenant du sang à mes joues et de la vigueur dans mes jambes.

De nouveau maîtresse de moi-même, c’est avec un sourire aux lèvres que j’ai invité mes visiteurs à s’installer. »

L’auteure : Mireille Calmel

Mireille Calmel, née Mireille Rouchon, est une écrivaine française née à Martigues le 8 décembre 1964.

Mireille Calmel a l’habitude de dire que l’écriture lui a sauvé la vie. Car lorsque, à l’âge de 8 ans, elle tombe gravement malade et est déclarée perdue, Mireille commence à écrire, par besoin d’extérioriser sa peur, mais aussi parce qu’elle croit profondément que tant qu’elle écrira, elle ne mourra pas.

Et inexplicablement, bien que les médecins aient renoncé, la maladie régresse. Peu à peu, Mireille reprend des forces, recommence à marcher. Elle travaille avec acharnement ses cours par correspondance, sans jamais cesser d’écrire : 250 poèmes, des chansons, un roman… Ce n’est qu’à quinze ans qu’elle retrouve une vie pleinement normale. Elle ne pense plus qu’à écrire, lire, chanter, vivre à tout prix.

Elle écrit des chansons, des nouvelles, des pièces de théâtre, dont l’une destinée aux adolescents sera couronnée d’un prix, chante dans les bals populaires, organise un festival de théâtre, monte des spectacles sur différentes scènes à travers la France…

En 1995, elle dépose un dossier d’insertion et obtient le RMI pour écrire ce qui deviendra Le lit d’Aliénor. Cinq ans après, elle envoie son manuscrit à Bernard Fixot, avec qui elle signe son premier contrat. Et c’est le succès : plus de 100 000 exemplaires vendus en librairie en France, 800 000 exemplaires vendus dans le monde… Deux ans après, les héroïnes de son Bal des Louves rencontrent le même engouement auprès du public.

Mireille Calmel vit en Aquitaine, à Saint-Christoly-de-Blaye, avec son mari et ses enfants.

« À cet instant, j’ai eu l’impression que les yeux de Geoffroy lui sortaient de la tête tant il a enflé, gonflé. Finalement, se tournant vers mon père, il a explosé.

– Elle ment ! Elle ment, vous dis-je.

Il lui a agité son index sous le nez.

– Je ne serai pas l’époux d’une fille perdue, vous m’entendez ?

Un instant, cela m’a tant réjouie que j’ai presque été tentée d’avouer. L’œil fou de mon père m’en a dissuadée.

– Vous vous dédiriez de votre parole, Geoffroy ?

– Si elle a été déshonorée ? Parfaitement !

– Très bien ! En ce cas, vérifiez par vous-même ! a hurlé mon père.

Geoffroy a été autant saisi que moi, car son ire est retombée comme un soufflé.

– Comment ? Ici ? Maintenant ? a-t-il bredouillé.

– Vous la voulez ? Prenez-la ! Mais par Dieu, que l’on en termine ! »

« C’est ainsi que redressant la tête, me nourrissant des coups et des injures comme d’un sang mauvais, peu à peu, j’ai forgé celle que je devins. Non plus une victime de la fatalité. Non plus une coupable toute désignée. Mais cette « Lionne sanglante », cette « Tigresse bretonne », telles qu’un jour on me nommerait.

Je n’en étais pas encore là.

Pour tout dire, en ce matin du 15 septembre 1324, j’ignorais encore de quoi je serais capable pour me venger. »

« – Jeanne… est-ce bien vous ? s’est-il enquis, troublé.

– Oui, Olivier. C’est bien moi. Telle que vous m’avez connue. Mais je suis aussi celle qu’il a créée. M’aimerez-vous moins de les voir coexister ?

Il m’a attirée dans ses bras, a plongé un regard ardent dans le mien.

– Palsambleu, non ! Au contraire ! Cette femme-là a l’envergure et le courage que je lui devinais.

– Alors prenez-la. Ici. Maintenant. Pour vous venger de lui comme il le fit de vous. Et pour qu’elle sache, une fois au moins, ce qu’est le plaisir d’être aimée. Ensuite, droite et digne comme vous le fûtes autrefois, je repartirai, mensongère, vers lui… En sachant comme vous, ai-je ajouté sur ses lèvres brûlantes, qu’il ne s’en remettra jamais. »

« En avril 1341, alors que la France et l’Angleterre venaient de conclure une courte trêve, Jean III, qui n’avait pas eu d’enfants, mourut sans avoir désigné son successeur, laissant deux clans se déchirer.

Dans le premier se trouvait Jean de Montfort qui avait épousé Jeanne de Flandres.

Dans le second, Jeanne la Boiteuse, mariée depuis 1337 à Charles de Blois.

Dès lors, il fallut se déclarer soit en faveur de l’un, soit en faveur de l’autre, ce que notre amitié pour les deux Jeanne nous interdisait.

Sur cet échiquier vinrent se greffer les enjeux politiques des deux rois. Celui de France ne tarda pas à imposer Charles de Blois à la tête du duché. Une nouvelle fois, cela exaspéra le duc d’Angleterre, qui aussitôt décida de soutenir Jean de Montfort.

La Bretagne se retrouva écartelée quand jusque-là elle avait été indépendante et neutre. À l’image de ce que nous aurions voulu rester.

Comment y parvenir, pourtant, dans ce chaos qui s’annonçait ? »

« Face à la tête tranchée de l’homme dont le regard d’océan avait cessé de me contempler, j’ai senti tout mon être se révulser, mes doigts écraser les petites mains de mes fils brusquement blottis de terreur dans mes jambes.

J’ai senti monter de la fureur envers l’évêque qui, n’ayant pas eu le courage de s’opposer aux ordres du roi, nous imposait cette vision ignominieuse.

Puis de la haine à l’égard de Philippe de Valois.

Une haine violente, absolue qui, balayant tout sur son passage, y compris ma détresse, est venue remplacer dans mon cœur l’amour infini et lumineux qu’Olivier y avait déposé. »

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