Ma passion les livres

Partage de mes lectures

L’été où tout a fondu de Tiffany McDaniel

« La chaleur est arrivée avec le diable. C’était l’été 1984. Le diable avait bien été invité, mais pas la chaleur. On aurait pourtant dû s’y attendre. Après tout, la fournaise n’est-elle pas un attribut du diable ? L’un ne va pas sans l’autre. Cette chaleur n’a pas seulement fait fondre des réalités tangibles, telle que la glace, le chocolat ou les popsicles. Elle a aussi fait fondre des choses abstraites. La peur, la foi, la colère, ainsi que les repères les plus fiables du sens commun. Elle a aussi fait fondre des vies, les privant d’un avenir, enseveli sous les pelletées de terre du fossoyeur. »

Résumé éditeur :

Été 1984 à Breathed, Ohio. Hanté par la lutte entre le bien et le mal, le procureur Autopsy Bliss publie une annonce dans le journal local : il invite le diable à venir lui rendre visite. Le lendemain, son fils Fielding découvre un jeune garçon à la peau noire et aux yeux d’un vert intense planté devant le tribunal, qui se présente comme le diable en personne. Cet enfant à l’âme meurtrie, heureux d’être enfin le bienvenu quelque part, serait-il vraiment l’incarnation du mal ? Dubitatifs, les adultes le croient en fugue d’une des fermes voisines, et le shérif lance son enquête. Se produisent alors d’étranges événements qui affectent tous les habitants de Breathed, tandis qu’une vague de chaleur infernale frappe la petite ville.

Porté par une écriture incandescente, L’été où tout a fondu raconte la quête d’une innocence perdue et vient confirmer le talent exceptionnel d’une romancière à l’imaginaire flamboyant.

480 pages – 18/8/2022

« Cher Monsieur le Diable, Messire Satan, Seigneur Lucifer, et toutes les autres croix que vous portez, je vous invite cordialement à Breathed, Ohio. Pays de collines et de meules de foin, de pêcheurs et de rédempteurs. Puissiez-vous venir en paix. Avec une grande foi. Autopsy Bliss »

J’avais particulièrement aimé l’an dernier « Betty » de Tiffany McDaniel, gros coup de cœur. Du coup l’envie de découvrir « L’été où tout a fondu » était grande. J’étais impatiente. Et je n’ai pas été déçue !! Pas du tout, au contraire. Encore un énorme coup de cœur. J’aime l’écriture de cette autrice. Flamboyante, attachante, étonnante, oh oui j’adore ! Vous parler de ce livre ne va pas être simple sans en dévoiler un peu trop le mystère. De plus, les récits de Fielding en 1984 et ceux d’aujourd’hui s’entremêlent. Mais l’essentiel de l’histoire se déroule en 1984 à Breathed dans l’Ohio. La famille Bliss y vit tranquillement. Le père, Autopsy, est procureur. La maman, Stella, reste confinée dans la maison, ne pouvant plus sortir à cause de sa peur de la pluie. Leurs deux enfants : l’ainé, Grand, sportif, champion de base-ball et Fielding, 13 ans, celui qui nous raconte ce qui s’est passé lors de ce fameux été 1984. Il y a quelque temps, Autopsy Bliss, procureur, a fait une étrange invitation via le journal. Il y invite le diable à venir le rencontrer. J’avoue que ce pitch d’entrée m’a bien plu dans son originalité. Un jour que Fielding rentre avec les courses qu’il a effectuées pour sa mère, il voit un jeune garçon en salopette devant le tribunal. Les deux jeunes commencent à discuter. Le jeune garçon apprend à Fielding qu’il est là car il a été invité. Et il sort l’invitation du procureur sur le journal. Stupéfait, Fielding lui demande s’il est le diable. Ce que lui confirme ce jeune garçon noir avec des yeux d’une couleur insolite. Dubitatif, Fielding le ramène à la maison. Sal (début de Satan et première lettre de Lucifer) va être accueilli avec bienveillance dans la famille Bliss. Commence alors un incroyable été où la chaleur va exacerber toutes les émotions et déclencher des drames. La famille Bliss et le village en seront définitivement marqués. Ce livre est un livre chaleureux et dur à la fois sur la vie de cette famille et de ce village. Chaleureux car les liens entre les personnages sont forts et affectueux. Dur car les drames vont se succéder avec beaucoup de chagrin. Ouvrage également sur la différence, la haine envers l’étranger, envers celui qui ne rentre pas dans les cases de la société. Cette haine peut vraiment aller loin avec des conséquences dramatiques. Je ne vous cache pas que cette lecture est forte en émotion et que quelques larmes ont coulé. C’est vraiment prenant et l’on s’attache beaucoup aux personnages. Gros gros coup de cœur que je vous conseille vraiment.

« Maman avait raison. La chaleur poussait les gens à s’abandonner à leurs pires penchants. Peut-être même leur donnait-elle la confiance nécessaire pour agir de façon insensée, imprudente, irraisonnée. Par une telle chaleur, les mains s’épanouissent en poings. Les poings sont les fleurs de la saison de la folie. »

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/McDaniel-Lete-ou-tout-a-fondu/1142108

Note sur Babélio : 4,31/5 (137 notes) – Ma note : 5/5

« Les gens demandent souvent, pourquoi Dieu permet-Il que la souffrance existe ? Pourquoi permet-Il qu’un enfant soit battu ? Qu’une femme pleure ? Qu’un holocauste soit commis ? Qu’un brave chien meure dans de telles souffrances ? La vérité est toute simple : Il veut voir par Lui-même ce que nous allons faire. Il a planté la chandelle, Il a posté le diable à la mèche et maintenant, Il veut voir si nous l’éteignons en soufflant dessus ou bien si nous la laissons brûler jusqu’au bout. Dieu est le plus grand spectateur de la souffrance qui puisse exister. »

L’autrice : Tiffany McDaniel

Tiffany McDaniel vit dans l’Ohio, où elle est née. Son écriture se nourrit des paysages de collines ondulantes et de forêts luxuriantes de la terre qu’elle connait. Elle est également poète et plasticienne.

En 2002, elle a dix-sept ans et la découverte de secrets de famille déclenche son envie d’écrire. En 2003, elle achève une première version de « Betty », qu’elle envoie à des agents littéraires. Mais c’est seulement en 2017 que le prestigieux éditeur américain Knopf, maison littéraire du groupe Penguin, s’intéresse au roman. Les droits de publication à l’étranger sont cédés dans plusieurs pays, dont la France et l’Angleterre. « Betty » paraît en 2020. Le livre est un immense succès et remporte de nombreux prix littéraires : Prix du Roman Fnac 2020, Prix America du meilleur roman étranger 2020, Roman étranger préféré des libraires du Palmarès Livres Hebdo 2020, Prix des libraires du Québec 2021, Prix Libr’à Nous 2021 du meilleur roman étranger, Prix 2022 du club des irrésistibles des bibliothèques de Montréal.

« L’été où tout a fondu », écrit quelques années après « Betty », trouvera un éditeur en moins d’un mois : il s’agit donc du premier roman publié de Tiffany McDaniel, même si c’est le 5e ou 6e dans l’ordre d’écriture.

Tiffany McDaniel a obtenu le titre de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en juillet 2021.

« – D’abord, qu’est-ce que tu fais ici, devant le tribunal ? – J’ai été invité. – Invité ? J’ai plissé les yeux, comme Papa. Je les ai gardés comme ça jusqu’au moment où un homme est passé près de nous, sur le trottoir, en fredonnant Amazing Grace. L’homme s’est retourné sur le garçon, mais sans cesser de fredonner, ralentissant tout de même le rythme de sa chanson, ce qui lui a donné une tonalité plus triste. Pendant ce temps, je rongeais un ongle déjà bien court. – Par qui t’as été invité ? Le garçon a fourré la main dans la poche saillant sur le devant de sa salopette. Il a fouillé dedans avant d’en sortir un journal plié. Mes yeux sont passés en un éclair de l’invitation sur la première page au garçon. – Tu vas pas me dire que tu es… Il n’a rien répondu, que ce soit avec des mots ou avec l’expression de son visage. J’aurais pu insister jusqu’à la fin de la journée, je n’aurais pas obtenu la moindre réaction parlante. – T’es en train de me dire que tu es le diable ? – C’est pas le premier de mes différents noms, mais il en fait partie. »

« – Et est-ce que je peux savoir qui tu es ? Comme le garçon ne répondait pas, Papa s’est retourné pour voir pourquoi, plissant ses yeux bleus. – C’est le diable, P’pa. – Allons, Fielding, ce n’est pas très poli de traiter quelqu’un de diable sans raison valable. – Je le traite de diable parce que c’est le diable. En tout cas, c’est ce qu’il prétend. Vas-y, dis-le lui, ai-je ajouté pour le garçon en le poussant gentiment vers Papa. Le garçon est resté un moment sans rien dire, enfonçant son orteil sale dans le sol avant de confirmer d’une voix lasse : – C’est vrai. Je suis le diable. »

« Sal a ouvert les yeux, et ça a été comme si plusieurs averses se mettaient à couler sur ses joues en même temps. Levant la tête vers Dovey, il lui a dit que toucher son ventre lui faisait la même impression que tenir la sept millionième main et sentir qu’elle serrait la sienne. – Parce que, plus que toute autre chose, c’était de l’amour. C’était de l’amour et c’est ce que je sens en vous maintenant. Dovey s’est essuyé les joues et a souri en posant doucement sa main sur celle de Sal. Elle était sur le point de dire quelque chose. J’ai pensé qu’elle allait peut-être lui chanter une berceuse, mais le cri l’en a empêchée. – Diable ! De l’autre côté de la rue, Elohim avait le doigt pointé en direction de Sal, le bras levé comme une épée tremblante. »

« Je serai le garçon noir. Tu seras la fille blanche. Et le monde entier dira non. Mais nous, on dira oui, et la seule éternité qui comptera, ce sera nous. »

« – Ça fait encore mal. – Mon pauvre bébé. Maman m’attiré contre elle et s’est mise à me chanter : « Là-bas, dans les collines de l’Ohio, Un bébé dort cette nuit à poings fermés. Il se réveillera dans le matin de l’Ohio, Sous une douce lumière dorée. » – Viens là, toi aussi. Elle a attendu que Sal se soit assis de l’autre côté d’elle. Et nous nous sommes balancés tous les trois au son de sa voix douce. « Le Père sourira en Ohio, Et la Mère te serrera contre elle.  Tu seras mon amour en Ohio, Et notre amour sera éternel. » Ma mère sentait toujours comme la Breathed River, elle sentait la pierre humide et le sable. »

« Ainsi en va-t-il de nous, confirmés dans notre existence par ceux qui nous voient. Et comment est-ce que je voyais Grand, comment est-ce que nous le voyions alors tous, sinon comme celui qui serait grand dans tel ou tel domaine, pourvu qu’il s’agisse de base-ball et de filles. Il avait toujours dû être d’abord celui que nous voulions qu’il soit. Il n’existait que par procuration, pour être tel que nous le rêvions. »

Publicité

Un commentaire sur “L’été où tout a fondu de Tiffany McDaniel

  1. Pingback: Tiffany McDaniel – L’été où tout a fondu | Sin City

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :