Ma passion les livres

Partage de mes lectures

Les sentiers obscurs de Karachi d’Olivier Truc

« Ce livre est un roman librement inspiré de faits réels qui gravitent autour de l’attentat du 8 mai 2002 à Karachi, au Pakistan. Au cours de cet attentat, onze techniciens français de la DCN (Direction des constructions navales) ont été tués, quatorze autres blessés, tandis que trois Pakistanais ont également trouvé la mort et six autres ont été blessés. L’attentat a été provoqué par l’explosion devant l’hôtel Sheraton d’une voiture piégée garée le long du bus Marco Polo de la marine pakistanaise qui effectuait tous les jours le ramassage des techniciens et ingénieurs français. Avec le temps, cet attentat s’est transformé en scandale franco-français, sur fond de commissions et rétrocommissions destinées à financer la campagne électorale d’Édouard Balladur en 1995, évinçant petit à petit l’aspect pakistanais de l’affaire. »

Résumé éditeur :

En 2002, à la sortie d’un hôtel à Karachi, un attentat à la bombe a coûté la vie à 14 personnes, dont 11 ingénieurs français travaillant à la mise au point d’un sous-marin acheté par le gouvernement pakistanais. Toutes les victimes venaient de la base navale de Cherbourg.

Vingt ans après, un jeune journaliste localier proche de l’un des ingénieurs rescapés de l’attentat décide de mener une véritable investigation sur les coupables. Une enquête menée par les Français a certes révélé les probables pots-de-vin ayant servi au financement de la campagne de Balladur, mais tout s’est arrêté là. Les victimes ont été abandonnées.

Le journaliste trouve à Karachi de l’aide auprès d’une jeune lieutenante pakistanaise et d’un homme droit, fidèle aux valeurs du travail bien fait et de la loyauté. Mais il progresse dans une jungle de mensonges politiques avant de s’apercevoir que la vérité de Karachi ne se trouve pas dans les journaux mais peut-être dans les poèmes que tous récitent.

Des personnages attachants et une enquête rigoureuse nous plongent dans les mystères de la ville de Karachi, mais nous dévoilent aussi les luttes de pouvoir régionales et syndicales en France. Un thriller remarquable, furieusement décoiffant, au rythme addictif.

272 pages – 7/10/2022

« La violence de l’explosion l’avait paralysé. Il n’osait plus bouger. Ne savait plus s’il était toujours évanoui ou conscient. Conscient de quoi ? La chaleur écrasante de Karachi, elle paraissait douce après le passage de la boule de feu. Il avait peur, maintenant. Sortir de la douleur. Il essaya de s’extraire du siège du bus, il devrait ramper, son regard s’arrêta sur un bras arraché, là, à côté, sur son chemin pour s’extraire de ce tas de ferraille jonché de sang et de chair. »

J’aime beaucoup l’écriture d’Olivier Truc. J’ai dévoré sa série avec la police des rennes. Un vrai dépaysement intéressant et à vrai dire passionnant. Je savais qu’il était surtout un journaliste d’investigation. J’ai donc eu l’envie de le suivre sur « Les sentiers obscurs de Karachi », fiction basée sur des faits réels : l’attentat contre des techniciens français de la Direction des constructions navales qui s’est déroulé le du 8 mai 2002 à Karachi, au Pakistan. Je connais vraiment très peu ce pays et j’avais envie de le découvrir un peu avec Olivier Truc. Un de ses personnages principaux est un jeune journaliste (je pense qu’Olivier Truc a mis beaucoup de lui dans ce personnage) de Cherbourg, base de la Direction des constructions navales. Jef Kerral a été bercé durant toute son enfance et adolescence avec la DCN et cet attentat qui a fait de nombreux morts et blessés. Son père a travaillé toute sa vie à la DCN et a toujours soutenu la direction même dans son choix contestable de taire la vérité sur l’attentat, à la grande honte de son fils. Jef admire surtout le père de son meilleur ami, Marc Dacian, qui a été blessé lors de l’attentat. Depuis Marc, contrairement à son père, se bat pour connaître la vérité et rendre justice à ses camarades morts au Pakistan et à leurs familles ainsi qu’aux blessés mais aussi les victimes pakistanaises. A l’occasion de la commémoration des 20 ans de l’attentat, Jef, assoiffé de justice et de vérité, part à Karachi pour écrire un article sur l’attentat. Il veut tenter de se faire une idée par lui-même et surtout rencontrer un Pakistanais dont Marc a fait la connaissance lors de la construction des sous-marins à Cherbourg et Karachi, devenu ensuite son ami. Ce militaire pakistanais, Shaheen Ghazali, a cherché avec obstination à faire éclater la vérité sur l’attentat et mené un combat dangereux dans un pays aussi autoritaire que le Pakistan. Au départ, Jef veut principalement écrire sur l’amitié entre ces deux hommes et mettre en lumière le courage de Shaheen. Arrivé à Karachi, Jef a pour contact, Sarah, une jeune militaire pakistanaise au caractère bien trempé, fille du docteur Firaq Zafar, ami de Shaheen Ghazali. Sarah est très proche de Shaheen et l’admire. Elle voit d’un mauvais œil son éventuelle rencontre avec le jeune journaliste étranger d’autant que depuis l’attentat, ils sont tous encore sous surveillance des services secrets pakistanais. La rencontre entre Sarah et Jef est la confrontation de deux civilisations opposées et cela fait des flammes. Peu à peu, les deux jeunes gens vont faire quelques pas l’un vers l’autre pour se comprendre. A vous de lire la suite de ce récit palpitant, attachant, parfois glaçant. J’ai vraiment beaucoup aimé « Les sentiers obscurs de Karachi ». Cette lecture m’a appris énormément sur le Pakistan et ce fameux attentat qui fait partie de notre Histoire et je vous la recommande chaudement.

« Marc lui avait demandé un jour comment se débrouillait un journaliste qui n’arrivait pas à prouver ce qu’il voulait avancer. Il écrit des romans, avait lancé Jef par bravade, sans en croire un mot. Rien n’était plus éloigné de lui. Marc ne l’avait plus lâché. Tu veux dire quoi, que la fiction est un alibi pour journalistes paresseux ? Ou incompétents ? L’œil malicieux de Marc n’avait rien enlevé au trouble de Jef. Il n’était ni poète ni romancier. La poésie, pour ce qu’il en savait, était la langue, le rythme, l’exploration, un absolu détaché des contingences morales qui lui semblait mal s’accorder à cette quête de réel qui le fascinait et suffisait à satisfaire ses aspirations. Il écarta ces pensées. Il devait se concentrer. »

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Truc-Les-sentiers-obscurs-de-Karachi/1449506

Note sur Babélio : 3,63/5 (30 notes) – Ma note : 5/5

« À l’école, Sara, en dépit de son âge, avait vite compris qu’elle était la fille du médecin. De même que d’autres élèves, filles et garçons, étaient fils ou filles de capitaine de vaisseau, d’officier – ingénieur au PN Dockyard, de commandant de sous-marin ou de dépôt de munitions. Chacun avait droit aux égards et à l’attention de la part des institutrices et des surveillantes selon le rang et l’importance du poste de son père. Pour peu qu’un enfant de commodore s’égratignât le coude en jouant dans la cour, l’infirmière du poste médical de la Cité navale était convoquée. Elle accourait aussitôt pour nettoyer à l’éthyle le semblant d’écorchure. Un enfant d’officier junior, pour une blessure bien plus réelle, devait être emmené à pied par une surveillante au poste médical à l’autre bout de la cité. »

L’auteur : Olivier Truc

Olivier Truc est un journaliste, écrivain et scénariste français né à Dax le 22 novembre 1964.

Il grandit en région parisienne et rejoint Montpellier en cours de licence afin de s’investir dans le journalisme. Il y démarre au quotidien régional Midi libre en 1986. Il travaille ensuite pour divers médias (La Gazette de Montpellier, Télésoleil, Libération, TF1) traitant des sujets de société.

Il habite Stockholm depuis 1994 et a été correspondant notamment de la radio RTL, de l’hebdomadaire Le Point, du quotidien Libération (1998-2005) puis du journal Le Monde (2005-2016) pour les pays nordiques et baltes. Il est aussi documentariste pour la télévision, réalisateur notamment de « Les Bâtards du Reich », (26 min, Arte, 2002), « La Dernière Plongée », (réalisé avec Frédéric Vassort, 52 min, France 5, 2006, Prix spécial du jury Figra 2007), « Police des rennes » (52 min, France 5, 2008), « Suède, la lutte contre l’extrême-droite » (13′, Arte Reportage, 2013). Il amorce sa carrière littéraire en 2006 avec la publication de « L’Imposteur », une enquête sur un rescapé français du Goulag qui avait réécrit une partie de sa vie pour survivre. En 2008, il publie, avec Christian Catomeris, une enquête sur le destin dramatique des anciens plongeurs de l’industrie pétrolière en mer du Nord (Dykaren som exploderade, en suédois, 2008, Norstedts).

Il est également l’auteur du roman policier « Le Dernier Lapon » qui a été traduit en plus de vingt langues et a obtenu plus de vingt prix dont le prix Quai du polar 2013, le prix Mystère de la critique 2013 et le prix Michel-Lebrun 2013. La série se poursuit avec « Le Détroit du eLoup » en 2014, « La Montagne rouge » en 2016 et « Les Chiens de Pasvik » en 2021. La série se situe de nos jours en Laponie et, à travers les enquêtes de deux officiers de la Police des rennes, Nina Nansen et Klemet Nango, raconte le Grand Nord. En 2019, il publie un roman d’aventure historique situé au XVIIe siècle, racontant la colonisation de la Laponie à travers la vie d’un cartographe basque, « Le cartographe des Indes boréales », finaliste du prix Joseph Kessel et du prix Etonnants voyageurs. En 2019 également, il publie « L’affaire Nobel – une autre histoire de la Suède », un récit qui dresse un portrait du royaume à travers le scandale qui a secoué l’Académie suédoise et la Suède tout entière.

« « Elle accéléra. S’éloigner du camp de morts. Le son revint d’un coup, les cris, la douleur hurlée, les corps disloqués qui se lamentaient, tout la poursuivait maintenant, elle accéléra encore. Elle se concentra sur la route. Par où devait-elle passer maintenant ? Le café Al Murad, attentat en septembre 2009, puis le long du terminal containers Pak Pacific, attentat en février ou mars 2006. Ensuite le quartier de Jamali Goth, attentat à l’automne 2012. La géographie noire de Karachi. Le portrait en creux de sa ville où vingt millions d’habitants en étaient réduits comme elle à perdre pied dans leur cité, toute compréhension du monde dévorée par cette litanie macabre. Comment Sara pourrait-elle un jour avoir des enfants et leur raconter sa ville ? En suivant ce fil rouge sang ? Pour la première fois depuis l’explosion du parc, elle entendit le cri des enfants meurtris. Pour la première fois, elle tourna la tête vers la droite, vit les vitres maculées de sang. Les sirènes hurlèrent. Elle roulait sur un champ de mort, insensible, hallucinée. Un autre poète prit le relais. Encore un de ceux que Shaheen lui avait fait découvrir au Urdu Bazar. Elle ne se souvenait plus de son nom. Elle pensait qu’il était contemporain. Il faudrait vérifier. « … Karachi n’est plus une ville. Mais un cri de détresse. Qui résonne. Des quatre côtés. On ne tire plus en l’air à Karachi. Les balles atteignent désormais les rêves des habitants… » »

« – Vous ne savez rien de lui. Et puis cette histoire, c’est du passé. Il ne peut rien en sortir de bon. C’est dangereux, et c’est fini, vous ne comprenez pas ? – Je ne veux pas enquêter sur l’affaire, j’ai juste besoin d’éléments de contexte, ce que je veux, c’est écrire sur l’amitié entre ces deux hommes, c’est vous qui ne comprenez pas ! Le rickshaw venait de pénétrer dans le carrefour du Teen Talwar et zigzaguait tant bien que mal dans le flot. Il sortit du maelström et s’arrêta devant l’immeuble du Français. Sara était restée silencieuse. Kerral descendit du rickshaw et attendait, tourné vers elle. Sara ne dit rien. Elle ne lui rendit pas son regard, dit au conducteur de partir vers la Cité navale, laissant le Français en plan. Elle s’attendait à ce qu’il réagisse, lui coure après, l’insulte, mais rien. Quand le rickshaw fit demi-tour pour replonger dans la circulation du carrefour Teen Talwar, Kerral se contenta de la regarder sans expression. Si ce n’est avec cet air têtu. »

« Dans mon pays, les choix sans conséquence sont un luxe inaccessible. »

« Elle le regarda l’espace d’un instant, l’œil noir. – Vous savez où vous êtes ? À Karachi. Ka-ra-chi. Vous vouliez découvrir la poésie ourdoue, n’est-ce pas ? – Oui, enfin, c’est une façon de… – Écoutez celle-ci, de notre grande poétesse Parveen Shakir, qui a si bien chanté le drame de ma ville que j’aime contre tout entendement… Reflet calciné De la fleur mouillée de rosée La ville de nos rêves brûlée Soit que les mains ne purent se lever en prière Soit qu’elle ne fut pas écoutée Toute maison pillée et saccagée De fond en comble elle était brûlée. – C’est beau. – Non, c’est Karachi. Sara regarda autour d’elle. – Cela fait trop longtemps que nous sommes là maintenant. La nervosité pointait dans sa voix. »

Publicité

Un commentaire sur “Les sentiers obscurs de Karachi d’Olivier Truc

  1. Matatoune
    27 novembre 2022

    Ah oui tout à fait d’accord un roman excellent!

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :