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Miss Islande de Auður Ava Ólafsdóttir

 

« Je les observais, lui et ton père, penchés sur toi et me tournant le dos.

— C’est bien ma fille, déclara ton père avant d’ajouter d’une voix suffisamment distincte pour que je l’entende : Bienvenue, ma petite Hekla.

Il avait choisi ton nom sans me consulter.

— Pas un nom de volcan, et encore moins de la bouche de l’enfer, protestai-je depuis mon lit.

— Il faut bien qu’on y entre par quelque part, rétorqua le vétérinaire ».

 

 

Résumé éditeur :

Islande, 1963. Hekla, vingt et un ans, quitte la ferme de ses parents et prend le car pour Reykjavík. Il est temps d’accomplir son destin : elle sera écrivain. Sauf qu’à la capitale, on la verrait plutôt briguer le titre de Miss Islande.

Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d’énergie créatrice, entraînant avec elle Ísey, l’amie d’enfance qui s’évade par les mots – ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas –, et son cher Jón John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche…

 

Miss Islande est le roman, féministe et insolent, de ces pionniers qui ne tiennent pas dans les cases. Un magnifique roman sur la liberté, la création et l’accomplissement.

 

288 pages – 2019

 

Roman traduit de l’islandais par Éric Boury

Prix Médicis étranger 2019

 

 

 

« Je lui verse du lait dans une écuelle.

Me voici propriétaire d’un chat.

Je le caresse.

Me voilà propriété du chat ».

 

 

« Miss Islande » m’a été offert d’une manière étonnante et improbable et ma foi j’en suis heureuse car je ne l’aurais sans doute jamais lu sans cela. Ce livre de l’auteure islandaise Auður Ava Ólafsdóttir est très bien écrit, Prix Médicis étranger 2019 tout de même, et très imprégné de son pays d’origine l’Islande. A chaque page, chaque mot, la nature singulière et surprenante, toujours en pleine création de l’Islande est omniprésente dans les mots, les personnages et même l’histoire…. Quel pays incroyable et tout à fait différent de ce que l’on connaît ici. Hekla, l’héroïne, dont le prénom est le nom d’un volcan toujours actif, est passionnée de lecture et d’écriture. Elle écrit, tout le temps, dès qu’elle peut… avec l’espoir bien sûr d’être publiée ce qui lui est déjà arrivée. C’est décidé, elle sera écrivain. Pour ce faire, elle quitte la maison familiale et part à la capitale Reykjavik. Elle y retrouve ses deux meilleurs amis d’enfance : d’une part Ísey qui s’est mariée très jeune et est déjà mère de famille. Ísey s’ennuie et du coup écrit tous les jours dans son cahier intime – D’autre part Jón John, jeune homosexuel qui a beaucoup de mal à trouver sa place dans ce monde très coincé de l’Islande des années 60. Il rêve de devenir un créateur de mode. C’est chez lui qu’Hekla s’installe avec sa machine à écrire. Hekla est une très belle jeune femme, et beaucoup d’hommes lui suggèrent, parfois avec insistance, de se présenter au concours de Miss Islande, mais cela n’intéresse absolument pas Hekla. Pour subvenir à ses besoins, elle devient serveuse dans un hôtel-restaurant et se bat contre les mains baladeuses des clients. Dès qu’elle peut, surtout la nuit, Hekla écrit. Elle rencontre un bibliothécaire qui se déclare poète. Ils s’installent ensembles. Elle n’ose pas lui avouer qu’elle aussi écrit. Elle se rend chez Jón John pour écrire. Ces deux là se comprennent et se soutiennent. Dans ce récit, on suit ces 4 personnages dans leur vie, chacun avec ses craintes, ses rêves et ses espoirs.

Ce roman me laisse un goût mitigé… Bien écrit il se lit bien, doucement, sans grands évènements, avec des personnages qui cherchent à pouvoir exister avec leurs aspirations bien difficiles à réaliser dans une société très conservatrice : quelle place pour un homosexuel qui souhaite s’assumer et vivre au grand jour sa différence et quelle place également pour une femme qui se veut indépendante et écrivain ? L’histoire à la saveur douce-amère se termine d’une façon abrupte et inattendue qui, je l’avoue, m’a choquée. Elle tombe comme un couperet inadmissible et vraiment assez étonnant. Je ne peux pas développer plus sans vous retirer la surprise si vous lisez cet ouvrage.

 

 

 

« Les entrailles de la Terre ne sont pas non plus le royaume de l’immobilité ou de l’inertie, elles recèlent l’élément le plus terrifiant et puissant qui soit : le feu ».

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Olafsdottir-Miss-Islande/1142692

 

 

 

« Je me livre à un exercice de calcul mental. Si je travaille neuf heures et que je dors sept heures, il m’en restera chaque jour huit heures pour lire et écrire. Si j’ai envie d’écrire la nuit, personne ne m’en empêchera. Personne non plus ne m’y encouragera ».

 

 

 

« – Tu n’as toujours pas avoué à ton poète que tu écris ?

Elle aurait aussi bien pu me demander: Est-il au courant que tu caches en toi une bête sauvage qui n’attend que d’être libérée ? Un écrivain est-il capable de comprendre un autre écrivain ? »

 

 

 

« Le jour n’a plus la force de se lever, la clarté apparaît brièvement derrière la lucarne maculée de sel vers midi, quand le soleil rouge glisse brièvement sur l’étang gelé de Tjörnin, puis c’est à nouveau la nuit ».

 

 

 

« Une phrase vient à moi puis une autre, une image se dessine, cela fait toute une page, tout un chapitre qui se débat dans ma tête, pataud comme un phoque pris dans un filet. J’essaie d’accrocher mon regard à la lune par la lucarne, je demande aux phrases de s’en aller, je leur demande de rester, il faut que je me lève avant qu’ils s’évanouissent ».

 

 

 

« J’attrape la machine à écrire sous le lit, j’ouvre la porte de la cuisine, je pose la machine sur la table et je place une feuille sur le cylindre.

C’est moi qui ai la baguette du chef d’orchestre.

J’ai le pouvoir d’allumer une étoile sur le noir de la voûte céleste.

Et celui de l’éteindre.

Le monde est mon invention ».

 

 

 

« – La plupart des hommes qui aiment les garçons sont pères de famille, ils ne sont homosexuels que le week-end. Ils se marient pour cacher ce penchant contre-nature. Leurs femmes sont au courant. Elles les connaissent. Et ceux qui viennent de province prétendent qu’ils ont une petite amie et un enfant, chez eux à la campagne.

Il baisse les yeux et enfouit son visage dans ses mains.

– Je n’ai pas envie de devenir comme eux et de vivre caché. Je veux juste aimer un garçon comme moi, lui tenir la main dans la rue. Ça n’arrivera jamais, Hekla ».

 

 

 

« – Je cache mon journal intime au fond du seau dont je me sers pour faire le ménage. Lydur ne comprendrait pas que je passe mon temps à écrire sur des choses qui n’existent pas ou qui n’existent plus.

Le passé, c’est le passé, dit-il.

Pourtant, le week-end dernier, alors que nous étions couchés, il m’a dit : Raconte-moi notre soirée, Ísa, comme ça, j’aurais l’impression que c’est celle de quelqu’un d’autre. C’est la plus jolie chose qu’il m’ait jamais dite. Ensuite, il m’a serré dans ses bras.

Elle s’emmitoufle dans son gilet.

– Une fois que j’ai écrit dans mon journal, je me sens aussi bien que si j’avais plié tout le linge et fait tout le ménage ».

 

 

 

« Tu n’es pas un écrivain d’aujourd’hui Hekla, tu es un écrivain de demain. Ton père te l’a déjà dit, tu es née trop tôt ».

 

 

 

« – Pour toi, l’écriture est plus importante que moi, une seule phrase a plus de poids que mon corps, bredouille-t-il, noyé dans les vapeurs d’alcool.

Je n’arrive pas à me retenir d’aller jusqu’à la table pour noter dans mon carnet : Une seule phrase a plus de poids que mon corps ».

 

 

 

« Tu vas t’en aller voir le monde, et moi je resterai ici en espérant que le poissonnier emballera mon aiglefin dans un poème ou un roman-feuilleton ».

Un commentaire sur “Miss Islande de Auður Ava Ólafsdóttir

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Cette entrée a été publiée le 10 février 2020 par dans découverte auteur, Livre, Mes lectures, roman, et est taguée , , , , , , , , , .
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