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La familia grande de Camille Kouchner

 

« Frères et sœurs muselés par des parents inconséquents. Oncle, tante, cousins, enfants et petits-enfants. Tes petits-enfants qui ont eu à subir sans comprendre la violence de ton effacement. Regarde-moi, maman. C’est pour toutes ces victimes que j’écris, celles, si nombreuses, que l’on évoque jamais parce qu’on ne sait pas les regarder ».

 

 

Résumé éditeur :

« Souviens-toi, maman : nous étions tes enfants. »

C.K.

 

C’est l’histoire d’une grande famille qui aime débattre, rire et danser, qui aime le soleil et l’été.

C’est le récit incandescent d’une femme qui ose enfin raconter ce qui a longtemps fait taire la familia grande.

 

Camille Kouchner, 45 ans, est maître de conférences en droit. La Familia grande est son premier livre.

 

208 pages – 5/1/2021

 

 

 

« Années 80. Retour à la maison après l’école, avec la nounou. Cinq francs par jour pour acheter des bonbecs. Remonter la rue Madame, la rue d’Assas, et enfin les bras d’Évelyne, ses câlins.

Je poussais la porte de son bureau. Je la trouvais fumant cigarette sur cigarette, les pieds, ses petits pieds, posés sur une poubelle pour avoir les jambes surélevées.

Ma mère, mon Évelyne, était toute petite. Elle trichait. 1,58 mètre, disait-elle. Pas vrai. On pouvait enlever au moins deux centimètres. Ses yeux bleu clair, ses cheveux blonds, l’odeur de sa peau, mélange de cigarettes et de soleil, ma respiration ».

 

 

Quand j’ai entendu parler de cette affaire d’inceste concernant Olivier Duhamel, homme connu et reconnu, sur son beau-fils, j’ai été une nouvelle fois choquée, en colère et tellement triste pour ces vies à jamais brisées au vu et au su de beaucoup sans qu’il n’y ait aucune sanction à la clé. Je n’avais pas eu le courage de lire « Le consentement » de Vanessa Springora. Trop dur, trop de désespoir et de haine m’ont traversée à l’époque. Cet écrivain, Gabriel Matzneff, reçu sur tous les plateaux télé dont celui de Bernard Pivot lui-même ! (je ne peux plus « le voir » cet homme, soi-disant de culture !) a pu pendant tant d’années se livrer à ses activités perverses de pédophile et tout le monde s’en fichait, en rigolait… Je tremble encore d’indignation. Bref, là, je me suis dit, je vais lire ce livre de Camille Kouchner par « solidarité », pour essayer de comprendre et surtout pour ne pas fermer les yeux et passer mon chemin. Ce livre très personnel de Camille Kouchner remet en perspective le contexte familial qui a permis ce crime sur un enfant de 13/14 ans, sur Victor (non fictif), frère jumeau de Camille. C’est aussi et surtout un livre qui parle de sa maman, Evelyne Pisier, une maman tellement aimée et admirée, qui a pourtant fait le choix de soutenir son mari et d’abandonner son fils et par là-même ses enfants, et même sa sœur pourtant adorée, Marie-France Pisier qui, elle, a œuvré pour que la vérité soit révélée avec toutes les conséquences qui devaient en découler. On découvre donc Evelyne Pisier, une femme à la forte personnalité, singulière et très engagée mais qui va être dévastée par le suicide de ses deux parents, surtout celui de sa mère Paula, elle aussi une femme incroyable. Evelyne Pisier ne s’en relèvera jamais et abandonnera alors ses enfants. C’est un livre aussi sur un homme de pouvoir, charmeur, qui a réussi à mettre en place une telle emprise sur sa famille et son entourage que ce crime a pu rester secret tellement longtemps que maintenant, les faits sont prescrits et qu’il va s’en sortir, mais avec le déshonneur. C’est également le livre d’une vie, celle de Camille, brisée par ce secret que lui livre son frère jumeau dont elle ne saura pas quoi faire (elle aussi était petite) et qui va diffuser en elle (l’hydre poison) au point de la rendre malade, mal dans sa peau et la culpabiliser, tellement. Car Victor tout en lui disant ce qu’il vivait lui demande de ne rien dire. Trop dur pour ce jeune garçon qui préfère se battre et essayer de se reconstruire différemment, dans le silence. Livre aussi sur une famille et une famille agrandie d’intellectuels aux mœurs libres. Bernard Kouchner, le premier mari d’Evelyne Pisier et père de ses trois premiers enfants dont les jumeaux, apparaît sous un jour peu favorable. J’ai écouté Camille lors de son passage à la Grande Librairie, elle semble s’être un peu rapprochée de son père. Dans ce livre, on comprend bien aussi pourquoi l’inceste est vraiment un drame très particulier car la personne qui s’adonne à ce crime est aussi la personne que vous aimez, qui vous élève et en qui vous aviez toute confiance. Que vous dire de plus ? J’ai été vraiment touchée par ce témoignage, ce cri d’amour d’une enfant envers ses parents qui n’ont pas su, voulu, pu protéger leurs enfants. Car dans ces histoires-là, c’est toujours l’adulte qui doit dire non et protéger. Pas les enfants. Ce témoignage est très personnel et courageux. Camille en avait besoin. Son frère a accepté que Camille se livre, même si ce n’est pas son chemin. Je pense aussi qu’elle a pu enfin se délivrer de ce secret, de ce poids, car sa maman était décédée. Très émouvant le passage sur l’enterrement de sa mère. Finalement, elle l’avait déjà perdue il y a bien longtemps. Quelle tristesse. Je ne peux que souhaiter un peu de paix à cette famille si marquée douloureusement et que ce témoignage apporte un peu de courage à tous ceux et toutes celles qui vivent ce drame.

 

 

 

« Ma petite enfance a été construite autour de ses retours de voyage. Chaque fois, épuisé, il nous maudissait. Il voyait tant de misère, tant de violence… Malnutrition. Assassinats. Zones de guerre. L’existence de ses enfants riant trop fort, renonçant à manger de la viande ou nécessitant qu’on les accompagne à une activité quelconque mettait mon père dans des colères que je crains encore. Bernard hurlait. Il nous terrorisait, nous reprochait le malheur du monde ».

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Kouchner-La-familia-grande/1288281

 

 

 

« Petit, mon frère m’avait prévenue : « Tu verras, ils me croiront, mais ils s’en foutront complètement ». Merde. Il avait raison ».

 

 

 

« Quelques années plus tard, c’était au tour de ma tante de se moquer : « Comment ? À ton âge ! Tu n’as toujours pas vu le loup ? » Et elle organisait des rencontres avec des garçons improbables qui avaient pour mission de me séduire et de me déniaiser.

Être à la hauteur des histoires de cul de sa mère, de sa tante et de sa grand-mère… Plus qu’une gageure ! La liberté ? »

 

 

 

« Quand ma mère a rencontré mon beau-père, ma tante est tombée amoureuse de son cousin germain. Chez les filles Pisier, on ne fait pas les choses à moitié. Fini les révolutionnaires, les acteurs et les grands avocats. Le cousin ? Pourquoi pas ?

Thierry et mon beau-père étaient même plus que cousins puisque leurs parents, comble de gaîté, étaient jumeaux, comme Victor et moi. Les deux hommes avaient le même Sud, les mêmes souvenirs d’enfance et les mêmes repères ».

 

 

 

« Sur le grand tableau de Sanary s’organisaient les vacances d’une sacrée bande. La familia grande.

Le rituel a très vite été institué. Tous les étés : des parents hilares et des enfants fous de liberté.

En bon constitutionnaliste, mon beau-père organise le pouvoir. L’État de droit, les bonnes manières, les règles, comme un jeu ».

 

 

 

« Depuis la mort de Marie-France, je ne peux plus retourner dans les rues de mon passé parce que la perversité me les a arrachées. Comme elle m’avait enlevé Sanary, à jamais. Je suis interdite de passé. Quel chagrin d’être privée des souvenirs de son enfance, et des gens qu’on aimait ».

 

 

 

« L’avocate ne regarde que mon jumeau. J’anticipe ce qui va suivre.

« Aujourd’hui, ces crimes peuvent être poursuivis pendant trente ans après la majorité. On a donc jusqu’aux 48 ans des victimes pour porter plainte. Vous pourriez donc le faire. Mais la loi n’est pas rétroactive. Elle ne s’applique qu’aux victimes qui ont été violées plus récemment… » »

 

 

 

« Ma culpabilité est celle du consentement. Je suis coupable de ne pas avoir empêché mon beau-père, de ne pas avoir compris que l’inceste est interdit ».

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Cette entrée a été publiée le 17 janvier 2021 par dans actualité, autobiographie, découverte auteur, Livre, Mes lectures, témoignage, et est taguée , , , , , , .
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