Ma passion les livres

Partage de mes lectures

Sidérations de Richard Powers

 

« Mon fils adorait la bibliothèque. Il adorait réserver des livres en ligne pour les trouver ensuite qui l’attendaient, attachés par un élastique, avec un papier à son nom. Il adorait la bienveillance des rayonnages, leur cartographie du monde connu. Il adorait le buffet à volonté de l’emprunt. Il adorait la chronique des prêts tamponnée sur la page de garde, ce registre des inconnus qui avaient emprunté le même livre avant lui. La librairie était le plus beau des jeux d’exploration : on avait le plaisir du pillage et la joie de gravir les niveaux. »

 

 

Résumé éditeur :

Depuis la mort de sa femme, Theo Byrne, un astrobiologiste, élève seul Robin, leur enfant de neuf ans. Attachant et sensible, le jeune garçon se passionne pour les animaux qu’il peut dessiner des heures durant. Mais il est aussi sujet à des crises de rage qui laissent son père démuni.

Pour l’apaiser, ce dernier l’emmène camper dans la nature ou visiter le cosmos. Chaque soir, père et fils explorent ensemble une exoplanète et tentent de percer le mystère de l’origine de la vie.

Le retour à la “réalité” est souvent brutal. Quand Robin est exclu de l’école à la suite d’une nouvelle crise, son père est mis en demeure de le faire soigner.

Au mal-être et à la singularité de l’enfant, les médecins ne répondent que par la médication. Refusant cette option, Theo se tourne vers un neurologue conduisant une thérapie expérimentale digne d’un roman de science-fiction. Par le biais de l’intelligence artificielle, Robin va s’entraîner à développer son empathie et à contrôler ses émotions.

Après quelques séances, les résultats sont stupéfiants. Mettant en scène un père et son fils dans une Amérique au bord du chaos politique et climatique, Richard Powers signe un roman magistral, brillant d’intelligence et d’une rare force émotionnelle, questionnant notre place dans l’univers et nous amenant à reconsidérer nos liens avec le vivant.

 

400 pages – Septembre 2021

 

 

 

« Je n’ai jamais cru aux diagnostics posés sur mon fils. Quand une pathologie se voit attribuer trois noms différents en autant de décennies, quand elle exige deux sous-catégories pour rendre compte de symptômes absolument contradictoires, quand en l’espace d’une génération elle passe de l’inexistence au statut de maladie infantile la plus diagnostiquée du pays, quand deux médecins veulent à eux seuls prescrire trois traitements différents, c’est qu’il y a un problème. »

 

 

Cette chronique m’est particulièrement difficile à écrire. C’est une personne que j’aime bien qui m’en a parlé avec un enthousiasme débordant, voire plus et il n’y a qu’à voir la note sur Babélio (4,18/5 sur 390 notes) pour comprendre qu’elle n’est pas la seule ! De plus, on parle ici d’un roman en lien avec un livre que j’avais beaucoup aimé « Des fleurs pour Algernon », il ne m’en fallait pas plus pour démarrer la lecture avec confiance et enthousiasme. La chute fut d’autant plus brutale. Bien sûr je me suis attachée à Robin, petit garçon de neuf ans, très intelligent mais différent comme on dit aujourd’hui, qui a perdu sa maman dans un accident de voiture. Il est élevé depuis par son papa, Theo Byrne, un astrobiologiste qui fait de son mieux pour gérer les crises de son fils et de lui permettre de s’évader dans la nature ou en lui inventant des planètes à la fois extraordinaires et mystérieuses. Mais Robin ne va pas mieux et la situation se dégrade à l’école. On somme Théo de faire soigner son fils. Or Théo ne veut pas que les médecins abrutissent Robin de médicaments. Il se tourne alors vers un neurologue qui mène des expériences concernant une thérapie expérimentale sur le cerveau : le NeuroDec. Je préfère ne pas vous expliquer ce en quoi cela consiste, je vous laisse la surprise mais honnêtement j’ai trouvé cette expérience très malsaine. J’en étais très mal à l’aise. J’ai l’impression d’être la seule, mais c’est vraiment mon ressenti. Ce traitement fera des « miracles »… oui mais quand Robin sera obligé d’arrêter le « neurofeedback », la suite sera encore plus triste et difficile. C’est un livre qui m’a perdue. A plusieurs niveaux. Je ne suis sans doute pas assez scientifique et peut-être tout bêtement pas assez intelligente, mais je n’ai vraiment pas tout compris. Théo et Robin m’ont vraiment perdue au détours de leurs réflexions et divagations. De plus, j’ai eu souvent du mal à savoir quand l’imagination faisait place à la réalité. Cependant, c’est un livre fort sur notre monde en détresse, en plein changement climatique. Les parents de Robin sont assez atypiques. La mère, décédée, était folle des oiseaux et a combattu toute sa vie pour la survie et le respect de toutes les espèces animales. Le père est donc astrobiologiste et passe son temps à faire des modèles de planètes qu’il désespère de pouvoir découvrir grâce à un énorme télescope hypothétique. L’argent ne va pas en priorité pour l’espace. Tout cela sur fond de violences aux Etats-Unis (on reconnait l’ambiance Trump, voire pire). Du coup, Robin est une sorte de Greta Thunberg, sensible, fragile et déterminé à la fois qui veut sauver notre planète et tous les êtres vivants. C’est touchant. La relation du père et du fils est également très émouvante et fusionnelle. Mais j’ai néanmoins trouvé le temps long dans ma lecture que j’ai failli abandonner. Visiblement, je suis passée à côté de la magie de ce livre. J’avoue être très peu sensible aux planètes et aux étoiles. Alors je vous conseille tout de même de le lire pour vous faire une idée. Moi j’ai essayé !

 

 

 

« Personne n’est parfait, aimait-elle à dire. Mais vous savez quoi ? Nous sommes tous merveilleusement imparfaits. »

 

 

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Powers-Siderations/1329564

 

Note sur Babélio : 4,18/5 (390 notes) – Ma note : 2,5/5

 

 

 

« Tu vois… on est sur un caillou, dans l’espace, d’accord ? Il y a des milliards de planètes qui valent bien la nôtre, remplies de créatures qu’on ne peut même pas imaginer. Et on voudrait que Dieu nous ressemble, à nous ? »

 

 

L’auteur : Richard Powers

Né à Evanston, dans l’Illinois, le 18 juin 1957, Richard Powers devient un auteur reconnu et à succès aux États-Unis au début des années 1990, avec des romans explorant les relations entre sciences (physique, génétique, technologie) et art (musique). Il est l’auteur de treize romans, dont « Trois fermiers s’en vont au bal », « Le temps où nous chantions », « Chambre aux échos » (National Book Award 2006 et finaliste du Prix Pulitzer), « L’Arbre-Monde » (lauréat du Prix Pulitzer 2019 et finaliste du Man Booker Prize). Considéré comme l’un des plus grands écrivains contemporains, il vit aujourd’hui en bordure du parc national des Great Smoky Mountains, dans le Tennessee.

 

 

 

« Imaginons à présent que la vie, dans un de ces terrariums, évolue pour aboutir à des créatures qui ont deux mille cinq cents fois autant de synapses qu’il y a d’étoiles dans une galaxie. Même avec un tel cerveau, il leur faudrait des millénaires pour découvrir qu’elles sont prisonnières à jamais d’un simulacre de nature sauvage, à contempler un firmament virtuel. Prisonnières de l’enfance. Seules.

Le catalogue des solutions au paradoxe de Fermi appelle celle-ci l’Hypothèse du Zoo. Les zoos donnaient la nausée à Robin. Il ne supportait pas de voir confinées des créatures sensibles. »

 

 

« J’aimais avoir un fils si ingénu que ça crispait ses condisciples trop snobs.

Ça me plaisait d’être le père d’un gamin dont l’animal favori, indétrônable depuis trois ans, était le nudibranche. Le nudibranche est trop sous-estimé. »

 

 

 

« Il était songeur quand j’entrai dans sa chambre. Blotti sous les couvertures, dans son pyjama polaire à carreaux marron qu’il m’avait interdit de donner à Oxfam. Les manches s’arrêtaient cinq centimètres au-dessus des poignets, et la taille lui pinçait le ventre, faisant ressortir son petit bedon. Ce pyjama était un peu trop grand quand sa mère le lui avait acheté. Tel qu’il était parti, il le porterait encore pour son voyage de noces.

J’avais mon livre – L’Évolution chimique de l’atmosphère et des océans – et il avait le sien – Maniac Magee. Je pris place à côté de lui dans le lit. Mais il était trop songeur pour lire. Il posa la main sur mon bras, comme Aly le faisait toujours. »

 

 

 

« On se posa à la surface de Falacha. Pas mal ! s’écria mon fils tout excité.

“Plus chaud que la température de dégel de l’eau.”

En plein milieu du vide de l’espace ! Mais sans soleil. Sans plantes. Sans photosynthèse. Sans rien.

“La vie peut se nourrir de plein de choses, lui rappelai-je. La lumière n’en est qu’une parmi d’autres.”

On descendit au fond des océans de Falacha, dans leurs fissures volcaniques. On pointa nos lampes frontales sur les tranchées les plus profondes, et il poussa un cri. Partout des créatures : des crabes blancs et des palourdes, des vers tubicoles mauves et des draperies vivantes. Le tout s’alimentait à la chaleur et aux mélanges chimiques suintant de trous d’aération hydrothermiques.

Robbie était aux anges. Insatiable, il regardait les microbes, les vers, les crustacés apprendre de nouveaux tours, se nourrir d’eux-mêmes, répandre leurs nutriments sur les fonds marins et dans les eaux environnantes. Des siècles passèrent, des millénaires, des ères entières. Les océans de Falacha s’emplirent de vie, de mille créatures aux formes insensées, qui nageaient, feintaient, rusaient.

“Ça suffit pour aujourd’hui”, dis-je. »

 

 

 

« J’ouvris la porte et le vis recroquevillé dans un coin, son Transpondeur à la main. Il se tapait la tête contre le mur. Au ralenti, doucement, méthodiquement, comme s’il menait une expérience d’ultime pénitence. »

 

 

 

« Aly affirmait souvent – à moi, aux parlementaires locaux, à ses collègues, aux abonnés de son blog, à qui voulait l’entendre- que si une masse critique de gens, si modeste soit-elle, retrouvait la conscience du lien qui nous unit, l’économie deviendrait écologie. On voudrait d’autres choses. On trouverait un sens à la vie dans le monde. »

 

 

 

« Il s’impatientait, lassé de mon aveuglement. Quelles étaient les chances qu’une rencontre finisse bien ? Toute l’histoire humaine donnait la réponse.

Voilà pourquoi l’univers est silencieux, papa Tout le monde se cache. Les plus malins, en tout cas. »

 

 

 

« Je fus tenté de lui dire que la démocratie finissait toujours par l’emporter même quand les choses dégénéraient. Mais mon fils avait l’obsession de la franchise. »

Un commentaire sur “Sidérations de Richard Powers

  1. Pingback: Sidérations, Richard Powers – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

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Cette entrée a été publiée le 13 avril 2022 par dans découverte auteur, Livre, mes déceptions, Mes lectures, roman, et est taguée , , , , , , , , , , .
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