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Trier les morts de Jean-Michel Lecocq

« Au milieu des présentoirs qui supportent des sujets sculptés de belle facture, certes, mais d’une affligeante banalité, apparaissent soudain des pieds, des têtes et des avant-bras. Leur forme, leur teinte et leurs détails sont de nature à plonger les spectateurs dans un malaise profond. Ces imitations présentent un degré de réalisme impressionnant. Le type s’aperçoit des regards qui convergent vers son étal, on serait en droit de penser qu’il s’y attendait, qu’il l’espérait même, car un sourire se dessine sur son visage que tous pensaient dépourvu d’aménité. Toujours avec le même sourire, il laisse courir sur ses voisins un regard circulaire pétillant de malice qui semble leur dire Avouez que vous ne vous attendiez pas à ça ! »

Résumé éditeur :

Sur les marchés, un artisan fait sensation. Sur son étal : des têtes, des membres criants de réalisme. Certaines œuvres ressemblent à s’y méprendre à des personnalités. On reconnaît des auteurs, des hommes politiques, des vedettes des siècles passés. Les clients adorent.

Chez un médecin légiste, une femme de ménage brise une de ces étranges sculptures. Le praticien découvre, effaré, que les ossements sont terriblement humains.

Le commissaire Payardelle se lance à la poursuite de l’artiste. Au cours de son enquête, qui l’emmène dans le sud de la France et dans les Ardennes, le policier découvre d’autres squelettes. Certains datent du XIXe siècle, d’autres sont beaucoup plus récents !

420 pages – 8/10/2021

Un « Oh » marque l’étonnement de l’assistance lorsque Martin déballe le premier paquet. Il en sort un avant-bras, l’examine sous toutes les coutures, éclate de rire et, se tournant vers son ami. « Ne me dis pas que c’est un gratte-dos ! – C’est exactement ça. » L’assistance est stupéfaite mais moins encore que Martin Lacombe dont le métier l’incline à rester admiratif devant la précision du modelage. « Celle ou celui qui a fait ça est un grand artiste. C’est criant de vérité. Quel est son nom ? – Rodin. » Un rire généralisé lui répond. C’était l’effet escompté. « C’est une copie, plaisante à son tour le légiste. – Non, c’est un original. » Murmures dans l’assistance.

Avouez que le titre « Trier les morts » est séduisant pour quelqu’un qui aime les polars. En plus, c’est une enquête de l’un de mes commissaires préférés, Théo Payardelle… Alors, il ne m’en fallait pas plus pour partir à l’aventure ! Le commissaire Payardelle, Ardennais d’origine mais basé à Paris et naviguant souvent dans le sud, en particulier à Aix depuis qu’il est amoureux de la belle Diane, n’est pas un violent. C’est plutôt un policier à la Maigret. Ici, l’intrigue commence sans lui. Un habitant de Draguignan, détective de son état, fait l’acquisition sur le marché de Noël de la ville, d’objets assez curieux, à la limite du malsain pour en faire cadeau à un de ses amis, légiste à Nice. Il s’agit de copies en cire de têtes de personnages connus et de sculptures toujours en cire de membres humains qui peuvent servir de gratte-dos ou bien encore de serre-livres. Tout cela exécuté avec un réalisme incroyable qui frise le malaise. Le légiste apprécie ce cadeau de mauvais goût et les expose à la morgue et dans son bureau. Un jour, la femme de ménage de l’IML fait tomber l’un des objets. Le légiste constate alors, effaré, qu’à l’intérieur se trouvent des os qui pourraient bien provenir de squelettes humains. Commence alors une incroyable enquête qui fera travailler ensemble de nombreuses disciplines : un détective (celui qui a acheté ces sculptures bizarres), le légiste qui a reçu ce cadeau empoisonné, le service de police de Marthe Senard de Nice, notre commissaire bien aimé Théo Payardelle, des archéologues, des scientifiques, des historiens, le CNRS… Bref, une sacrée aventure qui va se dérouler dans différents coins de France : le sud de la France avec Nice, Draguignan, le Gers… mais aussi les Ardennes avec en particulier Sedan, Balan et les lieux de combats de 1870. Bien que j’ai trouvé par moment l’intrigue un peu lente (ça s’accélère de manière inattendue à la toute fin), j’ai pris plaisir à cette nouvelle enquête de Théo Payardelle qui permet également d’apprendre beaucoup de choses comme toujours avec Jean-Michel Lecocq. Je recommande bien entendu ! Je conseille néanmoins de lire les autres enquêtes de Payardelle avant pour mieux apprécier même si chaque enquête peut se lire indépendamment.

« L’ébéniste est en état de sidération. Il ne parvient pas à détacher ses yeux de cette chose incongrue que Martin Lacombe vient d’arracher aux mâchoires de l’étau pour la poser sur l’établi. Il arrive cependant à articuler. « Mais, bon sang, d’où peuvent bien venir ces ossements ? » C’est la bonne question. Pour tenter de lui trouver une réponse, Martin sait à qui s’adresser. D’abord à son ami, Marc Saulnier, professeur de biologie et archéologue qui travaille à l’université de Sophia Antipolis et pour qui la datation au carbone 14 n’a plus de secrets. Ensuite, à son autre ami, celui qui lui a fait ce cadeau empoisonné, Daniel Enoch qui, à cet instant, est le seul susceptible de lui fournir des informations sur ce modeleur quelque peu spécial. Alors que le légiste se prépare à quitter l’atelier de Lartigot, une idée lui traverse l’esprit, fulgurante, glaçante. »

Lien vers la fiche du livre sur Babélio

https://www.babelio.com/livres/Lecocq-Trier-les-morts/1357792

3,42 / 5 (6 notes) – Ma note : 4,5/5

« L’expression de Marthe passe de la surprise à la consternation. L’épisode de l’ébéniste fait naître dans ses yeux une lueur d’effarement. Elle finit par l’interrompre. « Vous rendez-vous compte de ce que vous êtes en train de me raconter ? – Évidemment ! – Et ça ne vous gêne pas ? – En quoi devrais-je être gêné ? ment-il. » Marthe Sénard manque de s’étrangler. Elle s’est redressée sur sa chaise, a posé ses coudes sur le bureau, a joint ses mains devant sa bouche et le considère pendant quelques secondes, avec un regard noir. « Vous venez me remettre des pièces à conviction après avoir pris le risque de les détruire. Voilà ce qui devrait vous gêner ! Vous avez commis une faute grave. En croyant reconnaître un os et des pieds humains, vous auriez dû venir me voir immédiatement et me laisser décider moi-même de la conduite à tenir. » »

L’auteur : Jean-Michel Lecocq

Jean-Michel Lecocq est un auteur français né à Bogny-sur-Meuse, dans les Ardennes, le 19 avril 1950. De formation littéraire, il complète son parcours universitaire par une formation en droit à La Sorbonne. A sa sortie de l’Ecole normale, il embrasse la carrière d’enseignant. Après un séjour professionnel au Canada, il enseignera quelques années dans les Ardennes avant d’exercer les fonctions d’inspecteur de l’Education nationale. Retiré dans le Var où il a terminé sa carrière en qualité d’Inspecteur d’académie, il publie, en 2009, son premier roman, « Le secret des Toscans », un polar historique dans lequel il dévoile sa passion pour l’Histoire. Avec « Le Christ jaune », paru en 2010, il change totalement de registre et entraîne le lecteur dans le milieu de la peinture et des musées, pour un second polar tout aussi palpitant que le précédent. Suivent, en 2012, « 24 », un nouveau thriller historique dont l’action se déroule dans le Paris de 1572, en 2013, « Portrait-robot », un polar entre Var et Ardennes. En 2014, il publie « Rejoins la meute ! », un polar au cœur des Cévennes. Puis vient « Dans la mémoire de l’autre », en 2015, un polar azuréen. Enfin, en octobre 2016, il publie « Les bavardes », une enquête au cœur de la petite station balnéaire de Sainte-Maxime. Suivent ensuite « Un charmant petit village » en 2017, puis « Le squelette de Rimbaud » et « La caresse des orties » en 2019, « Disparitions » en 2020 et « Trier les morts » en 2021.

« Théo a appelé César en lui demandant s’il pouvait encore garder quelque temps son vieux chien O’Cédar. L’autre ne s’est pas fait prier. Théo se demande d’ailleurs qui est vraiment le maître de ce chien et vers lequel des deux hommes penche le cœur de cet animal qui passe plus de temps chez le jeunot que chez lui. Sans même savoir si Jouve accédera à sa demande, il imagine qu’enquêter sur cette histoire d’ossements va être consommateur de temps et générer des déplacements. L’inconvénient sera qu’il lui faudra marquer une pause dans ses voyages à Aix et dans les séjours parisiens de Diane. Il faudra faire avec, la soif de savoir est là, bouillante, exigeante, impérieuse. Jouve n’a pas intérêt à lui opposer une quelconque résistance. Il n’est pas question qu’il lui signifie un refus, il faudra qu’il cède. »

« « Messieurs, comment voyez-vous la suite quand vos amis du CNRS auront terminé leurs analyses et vous auront communiqué leurs conclusions ? » C’est Messonnier qui s’y colle. « Je pense que nous serons en mesure de vous dire de quoi sont morts ces gens et où ils ont été inhumés. Et même, s’ils ne sont pas originaires du même endroit, d’où ils viennent. Ensuite, nous passerons le relais à un autre spécialiste. Vous, en l’occurrence. Car vous êtes bien, vous aussi, un spécialiste dont la compétence consiste à identifier un coupable ou, à tout le moins, celui qui a tiré ces ossements de là où ils reposaient. Celui que vous appelez le modeleur, c’est votre affaire. En ce qui nous concerne, notre rôle se bornera à vous apporter toutes les informations utiles qui vous donneront peut-être des clefs pour le dénicher, mais aussi pour découvrir où se trouve sa réserve d’ossements. » On ne pouvait mieux résumer le défi auquel était confronté Payardelle. »

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Cette entrée a été publiée le 7 juin 2022 par dans Livre, mes auteurs préférés, Mes lectures, polar, policier, et est taguée , , , , , , , , , .
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